vendredi 17 novembre 2017

34ième balade-santé MPLP - Naniot- sainte walburge








Notre 34ième balade santé mplp de dimanche 10 décembre part de l’église de Sainte Walburge. Je me fais un point d’honneur d’avoir au moins 100 mètres sur Herstal ; et dans ce cas-ci nous aurions pu partir de Vottem. Mais nous voulons terminer notre balade à la Ferme des Enfants, Vieille Voie de Tongres, qui organise son marché d'hiver. C’est pourquoi notre balade part au parking autour de l’église Sainte Walburge, dans la rue du même nom. C’est à 100 mètres de la ferme des Enfants, fin de  notre balade (pour ceux et celles qui veulent : il y a à boire et à manger).
A part cette ferme, il y a deux autres points forts dans cette balade : la cité Naniot, et le Parc de la Paix.
Chaque deuxième dimanche du mois, il y a un rendez-vous à 9h30 devant MPLP et à 10h pile au point de départ effectif, ici donc à Ste Walburge.

Eglise Sainte-Walburge

Cet édifice de style néo-gothique est de 1879, à l'emplacement d'un précédent sanctuaire élevé en 1614.  Voici la description du bâtiment de l'architecte Joseph Rémont dans l’Inventaire du Patrimoine Immobilier Culturel (IPIC): « Plan en croix latine, présentant une tour occidentale, trois nefs de quatre travées, un transept et un choeur fermé par une abside à cinq pans. Maçonneries en moellons de grès et calcaire. Baies en tiers-point, géminées aux nefs. Bâtières. A l'intérieur, arcades en arc brisé retombant sur des colonnes de calcaire; voûtes sur croisées d'ogives. Mobilier néo-gothique homogène. Fonts baptismaux datés de 1620, classés en 1986 ». C’est très jargon architectural, mais retenons que cette église a un charme certain.

Malgré Napoléon, une concession à perpét pour la famille Orban

Autrefois, un cimetière ceinturait toute l'église Sainte-Walburge. La loi républicaine française de 1801 interdit d’inhumer autour des églises. Un décret de Napoléon du 12 juin 1804 le confirme et Liège définit 3 nouveaux cimetières: Robermont, les Bayards (supprimé en 1816) et le cimetière de la  rue Naimette, supprimé en 1821. En 1874, un second grand cimetière (20 hectares) est créé de l'autre côté de la vallée : le cimetière de Sainte-Walburge. J’y ai organisé une balade sante. Voir mon blog http://hachhachhh.blogspot.be/2015/10/16ieme-balade-sante-de-notre-maison.html

En 1855, alors que la Ville de Liège envisage de fermer définitivement le cimetière autour de l’église de Sainte-Walburge, la famille Orban y demande une concession à perpétuité en échange de la cession de terrains avoisinants. Le cimetière paroissial restera encore vingt ans, et sera seulement désaffecté lors de la construction de la nouvelle église en 1878. Seul le monument Orban fut sauvegardé.
Mais qui est cette famille Orban qui a défié ce décret de Napoléon ? Ses origines sont modestes : Michel-Joseph Orban épouse vers 1779 une coiffeuse de renom.  Lui ouvre un commerce de parfumerie.  Il commercialise une pommade de sa composition qu’il dénomme « A la reine », une teinture, avant la lettre, pour cheveux, qui rencontre un grand succès. Il fit aussi une juteuse spéculation sur l’assignat et produisit de la chicorée.  En 1804, il investit dans l’industrie charbonnière et obtient la concession charbonnière de Bonne-Fin.  Nous sommes monté sur le terril de Bonne lors de notre 30 ième balade santé à Rocourt en mai 201.
En 1815, Orban se jette (avec de nouveaux profits) dans la spéculation immobilière au centre de Liège.  Il décède en 1833.
Son fils Henri-Joseph Orban-Rossius (1779-1846) possédait six charbonnages, deux fabriques d'acier, et beaucoup d'autres activités industrielles.  Il y plaça ses 14 enfants qui de plus se marièrent avec des membres d'autres familles " importantes" telle que les Lamarche, Nagelmackers et Simonis.  On retrouve ces Orban et apparentés non seulement dans les Conseils d’Administration de nombreuses Sociétés industrielles mais aussi en politique.
En 1840, sa fille Claire Orban épouse l’avocat libéral Walthère Frère, dit Frère-Orban. Grâce à la fortune de sa femme, Frère-Orban quitta le barreau pour la politique où il fut le défenseur des sociétés charbonnières, lui-même étant président de la S.A. de Bonne-Fin.  Fondateur du parti libéral en 1846 il en restera président jusqu'à sa mort, il fut ministre des finances pendant 17 ans et Premier ministre pendant 8 ans. C’est donc ce Frère-Orban qui obtient une concession à perpet devant l’église.
L’École Justin Bloom, devant nous, est de Joseph Lousberg, architecte officiel de la ville de Liège en 1889. Je n’ai pas réussi à avoir plus de renseignement sur le clos Petrus Stevartius, cet enfilement de maisons annoncées par un jardinet.

La Cité Naniot

Nous remontons par le Boulevard des Hauteurs dans la cité Naniot, dont le noyau primitif date de 1928-1930 : la Société coopérative «La Maison liégeoise» crée cette cité-jardin pour les expropriés de la rue Jamme en Outremeuse...
Mais les premiers bâtiments que nous voyons sont d’après guerre. Ce quartier fut construit en plusieurs phases, jusqu'après la deuxième guerre mondiale. Avec les immeubles de la Place Seelinger nous sommes dans les années 30. Cette place est reprise dans l’IPIC : « façades simples, hautes de trois niveaux, animées par les travées d'entrée créant des ruptures verticales dans la composition. Toitures en bâtière, excepté aux angles où des toitures mansardées et des pignons rompent la monotonie de l'ensemble et accentuent le caractère humain de l'architecture. Le centre de la place, planté d'arbres, a été récemment réaménagé ».
Via la Rue du fort de Lantin et la Rue Cdt Naessens nous arrivons dans la Rue Naniot, premier noyau de ce quartier charmant. On a cuit les premières briques à la briqueterie qui se trouvait à la plaine des sports de Naniot. On utilisait la terre argileuse de la colline de Naniot.
La nouvelle cité-jardin de 1921 répondait aux nouvelles normes en matière d'hygiène et de confort. Nous ne verrons qu’une partie : la cité se prolonge dans le boulevard Radoux et les rues avoisinantes. Puisqu’on est dans l’IPIC, je cite «un ensemble de maisons de style cottage, édifiées en 1930-1931 d'après des plans de l'architecte Melchior Jeurgen  En retrait dans des jardins, groupes de deux, trois ou quatre maisons, de deux niveaux, sous toiture de tuiles mécaniques à croupes, animées par des lucarnes rampantes ou en bâtière. Façades en brique, enduites à l'étage et percées de baies rectangulaire » (Rue Naniot 111-157 (impairs, 132-152 (pairs) et 260-282 (pairs).
Nous montons par ce qui reste d’un parc qui entourait un château. La chapelle remonte au XVIIième siècle, restaurée en 1924 par la Confrérie des Anges Gardiens. Cette confrérie a titillé ma curiosité. La Compagnie de Jésus se montra tou­jours très favorable au culte de l'Ange gardien, les Confréries seraient très nombreuses dans l'ancienne principauté de Liège. L'auteur de  L'Ange conducteur est le R.P. jésuite  Jacques Coret, arrivé à Liège en 1685 où il décède en 1721.
En 1683 paraissait à Liège L'Ange conducteur dans la dévotion chrétienne, ou Pratiques pieuses en faveur des âmes dévotes; avec une instruc­tion sur les grandes indulgences dont jouissent les personnes asso­ciées dans la Confrérie de l'Ange Gardien. Les éditions liégeoises de ce livre furent très nombreuses au cours du XVIIIe siècle, et l'un des libraires qui l'imprima fut Arnould Bronckart à l'enseigne de L'Ange Gardien (quoi d’autre ?), rue des Sœurs de Hasque.
De 1705 à 1707, de cet auteur, paraissaient à Liège en quatre volumes, sous le titre de La Maison de l'Éternité ouverte aux ver­tueux et aux pécheurs, tous ses  sermons, dénommés Étrennes, depuis 1662 jusqu’à celui de 1707. Dans la dédicace à l’Étrenne de 1696, faite à Liège, il décrit la fête qui eut lieu lorsque la statue de l’Ange gardien fut exposée solennellement au milieu de la nef de la cathédrale Saint-Lambert. Ainsi, grâce en grande partie au père Coret, Liège devint une des villes où la dévotion à l’Ange gardien fut très à l’honneur.
Cette chapelle fuit endommagé pendant la guerre 40-45, et restauré par la fabrique d’Eglise de Sainte Walburge qui en a profité pour la dédier à la Sainte Vierge… Il n’y avait probablement plus de confrères de l’Ange Gardien pour contester.
Via la Rue Peclers nous retrouvons le Boulevard des hauteurs.

Par le Chemin Michel Gobiet à Victor Hugo

Le Chemin Michel Gobiet nous ramène sur le Boulevard Victor Hugo. Notre écrivain décrit Liège «  gracieusement éparse sur la croupe verte de la montagne de Sainte-Walburge ». Un peu étrange quand même, quand on sait que sur cette croupe se trouve la citadelle. Il est néanmoins vrai que quand on regarde un peu cette carte de 1828 on peut s’imaginer qu’il y reste encore pas mal de cotillages. Et donc il ne ment pas quand il décrit la ville « entourée à perte de vue d’arbres, de collines et de prairies, avec encore assez de tourelles, assez de façades à pignons volutés ou taillés, assez de clochers romans, assez de portes-donjons comme celles de Saint-Martin et d’Amercœur, pour émerveiller le poëte et l’antiquaire même le plus hérissé devant les manufactures, les mécaniques et les usines. » (Le Rhin: lettres à un ami, 1842). D’où un siècle et demi plus tard trois étoiles pour le réseau de sentiers sur les Coteaux !  En 2011 il y a eu au Curtius  « Liège au temps de Victor Hugo ».

L’école Justin Bloom.

Nous nous arrêtons un moment devant une plaque sur l’école Justin Bloom.  
"JUSTIN BLOOM
OFFICIER RÉSISTANT A.S.
INSTITUTEUR COMMUNAL
À CETTE ÉCOLE
DONNA SA VIE POUR LA PATRIE
FUSILLÉ PAR LES ALLEMANDS
LE 4 SEPTEMBRE 1944"
Le Lieutenant Justin Bloom a dirigé un groupe de résistance "Vive" zone IV section Liège de l'Armée Secrète. Sa capture par les Allemands est dramatique: le Comte de Looz qui dirigeait le groupe trouvait que vu la grande quantité d'explosifs parachutés reçue, il conviendrait d'aider le groupe HOTTON, un service de sabotage qui travaillait dans le bassin métallurgique. Cela se fait par camion, monté par des gendarmes, ou pseudo-gendarmes belges, en tenue. Pas de chance: les boches les attendaient ! Julien BLOOM, pour sauver ses hommes, qu'il précédait en sidecar, revint sur ses pas. Il assura à l'ennemi que ses gendarmes n'étaient au courant de rien. Il sera fusillé à la Citadelle de Liège.
Une issue dramatique, d’autant plus quand on sait – après coup- qu’il y avait des indicateurs dans le groupe et que la stratégie de l’Armée Secrète était l’attentisme : ces explosifs qui ont coûté la vie à Justin Bloom étaient destinés à être stockés jusqu’à la libération. Je ne sais pas très bien non plus que penser de la grande naïvité de ces résistants, avec ces pseudo-gendarmes déguisés….
On retrouvera après la guerre le comte de Looz dans les milieux léopoldistes. D'après le livre "Qui a tué Julien Lahaut ?", le comte de Looz-Corswarem louait une annexe dans la propriété de la comtesse de Liedekerke de Pailhe où il hébergera Verbrugge qui probablement avait lancé une bombe fumigène lors de la prestation de serment de Baudouin 1°.
Quelques mots encore sur l’édifice,  « de style éclectique d'inspiration néo-Renaissance, construit en 1904-1905 d'après des plans de Joseph Lousberg. Sur un plan en U, ensemble de bâtiments en brique et calcaire sur soubassement de moellons de grès et calcaire. Façade de deux niveaux animée par trois avant-corps plus élevés, éclairés à l'étage par de larges baies à croisée en anse de panier. Autres baies rectangulaires à linteau métallique. Toiture en bâtière à faible pente ».

Le parc Jean Lejeune ou parc international de la Paix

Deux ronds points plus loin le Parc de la Paix
Ce parc est un ancien champ de détritus, propriété de la Ville. Il y a eu un éphémère projet immobilier dans les années 80. C’est devenu un lieu de loisirs et promenade. Mais cela a pris 30 ans. De 1982 à 1988, Brigitte Ernst est échevine ECOLO. C’est sous son échevinat que commence la création du Parc de la Paix, entre la rue Jean Haust, la rue de Campine et la rue Montagne Sainte-Walburge. Mais en 1987, la Ville de Liège était virtuellement en faillite et les travaux sont interrompus, laissant les lieux partiellement inaccessibles. Mais apparemment le projet était fort assez, avec sa disposition en terrasses, pour que les riverains demandent et obtiennent la reprise des travaux.
Le Parc de la Paix est inscrit comme zone centrale au Plan Communal de Développement de la Nature, un maillon important du réseau écologique communal en prolongeant le site des Coteaux de la Citadelle (même au niveau communication rien ne réfère à cette zone, ce qui est dommage). « Entièrement entouré de zones bâties, cet espace vert présente un aspect sauvage assez remarquable. Il est constitué d'une ceinture boisée au sud et à l'est, et d'une partie centrale ouverte occupant une sorte d'amphithéâtre orienté vers le sud-ouest, où s'étendent des prairies de fauche piquetées d'arbustes. L'une des espèces animales les plus intéressantes est un amphibien, l'alyte accoucheur (Alytes obstetricans), une espèce menacée. Ce parc communal est géré de manière extensive, les prairies étant traitées en fauche tardive ».
Je n’ai pas réussi à savoir pourquoi ce parc est parfois appelé aussi Parc Jean Lejeune. D’autant plus que Liège avait déjà un jardin Jean-Bernard Lejeune aménagé au début des années 1970, au-dessus du tunnel menant à l'autoroute A602-E25, avec sa Fontaine Sainte-Marie et sa sculpture L'Ombre, de l'artiste liégeoise Mady Andrien réalisée en 2002. Est-ce pour faire oublier les échevins Ecolo ? Si c’est ça, c’est raté, à mon avis, parce que personne n’associe Ecolo directement à la Paix.
Et de l’autre côté  j’aurais tout fait pour faire oublier l’échevin PS Lejeune qui est à la base du trou de la place Saint Lambert. Le plan Lejeune de 1968 prévoit de transformer la place Saint-Lambert en carrefour de voies rapides, Le projet d’une bretelle d’autoroute vers la Citadelle, c’est aussi Lejeune. J’apprends, en préparant cette balade, que ce projet de bretelle vers la Citadelle avait déjà connu un début de réalisation, avec l’expropriation d’une série de maisons dans la rue Ste Walburge au profit du promoteur immobilier Amelinckx. Sur le long amphithéâtre du parc, Amelinckx présente un projet. Pour élargir l’accès du futur hôpital de la Citadelle, le promoteur propose à la ville d’exproprier les maisons du côté gauche de la rue Ste Walburge. La société financerait les indemnités, élargirait la rue et bâtirait, sur la pente, un ensemble d’immeubles d’appartements (Sainte-Walburge... De rue en rue, Dusart Michel p.134).
Les propriétés ont été revendues après la faillite retentissante de ce promoteur immobilier…
Nous débouchons du Parc en haut de la Montagne Sainte Walburge. Jetons un petit coup d’œil sur le début du sentier qui va vers Favechamps, un autre triangle vert, qui débouché à 100 mètres de la Place Saint Lambert. Favechamps est aussi enfermé par le bâti que le parc de la Paix.

Le Théâtre Le Moderne

Nous prenons sur quelques mètres la rue Sainte Walburge. Sur notre gauche, le Théâtre Le Moderne, créé en 1985 dans un ancien cinéma du quartier  de 1928. Il y a deux salles de spectacle, la grande d'une capacité de 120 places et la petite d'une capacité.  Le cinéma était inoccupé depuis le milieu des années 60. "C’était un cadeau empoisonné mais heureusement, ceux qui l’ont accepté avaient le feu sacré, nous dit Claire Heuskin, en charge des relations publiques. Il y avait alors un foisonnement de troupes de théâtre amateur et la Ville de Liège avait sélectionné plusieurs sites dont elle s’était rendue propriétaire. Elle a proposé cet immeuble avec un bail emphytéotique et l’obligation de tout remettre en état".
Tous les deux mois, le cafétéria du Moderne accueille une exposition de photographie sous la houlette de l'association de photographes « Priorité à l'ouverture ».

L'ancienne voie médiévale de Liège à Tongres

La rue Sainte Walburge est le point de départ de plusieurs axes routiers importants. Sur notre gauche la Vieille Voie de Tongres qui se dirige par la rue de l’Arbre Sainte Barbe vers Juprelle (et Tongres !). Dans le prolongement de la rue Sainte Walburge la Chaussée de Tongres qui remonte lui à 1712 quand les Etats de Liège projettent une chaussée pavée de Liège à Tongres d’une largeur de 60 pieds. En 1725 commencent les expropriations. En 1740 Li grande paveye était prête. Louis XV y passe en 1747 lors de sa visite du champ de bataille de Rocourt.
En parallèle à la vénérable Vieille Voie de Tongres l’autoroute roi Baudouin a été commencée en 1956 et achevée en 1964.
Pour être complet, la p’tite paveye reliait Ans à Glons. C’est aujourd’hui la rue François Lefebvre et la rue Provinciale.
De ces trois axes il n’y a que la Vieille Voie qui ne connait pas des problèmes de mobilité. Si ce n’est des problèmes de parking pour les riverains (stationnement alterné).

L’Impasse de Vottem

Je tiens à voir pour mes balades santé 100 mètres sur Herstal. C’est pourquoi nous prenons la rue de Vottem sur notre droite, et ensuite l’Impasse de Vottem sur notre gauche. C’est un lieu très bucolique. Sur une carte de 1879 le fond des Tawes s’appelle rue du fond de Rouwa.  Lors de ma reconnaissance je n’ai pas retrouvé ce ruisseau, et encore moins ce qui reste du moulin Picha. Le ruisseau des Tawes (ou Roua) disparait très vite dans les égoûts jusqu’au moment où un orage rappelle son existence.
Nous avons une vue unique sur ce qui reste des cotillages (je préfère hortilonnages) entre Ste Walburge et le Thier à Liège. L’impasse de Vottem n’a pas volé son nom : elle débouche sur  un ancien chemin vicinal qui est aujourd´hui tombé en désuétude comme d’ailleurs le chemin n° 33 qui relie le bas de la rue de Vottem à la rue de la Chaîne et qui existerait encore sous la forme d´une servitude. Mais le passage est repris dans une balade éditée par le Tourisme de Liège et sur la carte outdoors de viamichelin. Au Boulevard Fosse Crahay on m’a montré la grille qui ferme le passage. Je serai tenté de demander le passage, ou au moins envoyer une remarque au service de tourisme de Liège pour qu’ils interviennent pour fair restaurer cette servitude.

La Ferme des enfants

Le marché d'hiver de la Ferme des Enfants tombait pile poil pour un bel aboutissement d’une balade santé. Créée en 1987, la Ferme des enfants organise, depuis 1994, des activités scolaires et extrascolaires axées  sur la découverte de la vie à la ferme (les soins aux animaux, le jardinage du potager et du verger, la filière du lait, ...),  l’alimentation saine (la fabrication du pain, du fromage, ...), la connaissance de la nature (la vie de la mare, la découverte des arbres et des arbustes, ...), la protection de l’environnement (la fabrication de papier recyclé, le tri et le recyclage des déchets ménagers, le compostage, ...).
A l’arrière de la Ferme, sur une superficie de 25.000 m², l’arboretum et la mare sont utilisés pour les activités de découverte de la nature et les animaux sont gardés dans des enclos et une grande pâture.
Bibine la truie, Breugel l’âne, Titus, le double-poney.
Christine Mélon : «Les groupes scolaires ne sont pas du tout les seuls à venir. Nous avons des anniversaires pratiquement tous les mercredis et week-ends, les stages durant les vacances scolaires, divers ateliers, depuis quelque temps les dimanches en famille, etc. Il y a toujours de l’animation
La Ferme des enfants au n° 48, Vieille-Voie-de-Tongres figure à l’inventaire du patrimoine monumental de laBelgique : « Ancien bâtiment agricole datant du 17e siècle, en brique peinte et calcaire, très remanié. Accès par un large porche cintré à clé. Percements constitués de baies autrefois à croisée, de la fin du 17e ou du début du 18e siècle, ou de grandes baies rectangulaires datant de la fin du 18e et du 19e siècle. Bâtières à croupes ».

Ste Walburge et sa Fête des Fous

En sortant de la ferme par la Vieille Voie de Tongres, vous passerez peut-être devant le local de la Fête des Fous.  Au Moyen Âge, la Fête des Fous était célébrée le jour des Saints-Innocents. On l’appelait également Fête de l’Âne, des Sous-Diacres ou encore des Libertés de Décembre. « Un carnaval pour les impatients,  où tout devenait cul par-dessus tête: les misérables prenaient le rôle des puissants, les pauvres jouaient les riches et on faisait la java», explique Vincent Brichet, «pape des Fous» de Sainte-Walburge, président de la confrérie du même nom. «Qui était puissant à l’époque? L’Église, évidemment. Du coup, elle a entrepris de mettre fin à cette tradition.» Dans les années 1970 quelques habitants du quartier Sainte-Walburge la remettent au goût du jour. Cette fête début septembre est la deuxième fête populaire de quartier de la Cité ardente (40000 personnes, s’il te plait), la première restant bien entendu celle du 15 août en Outremeuse.. « Nous recevons nos édiles à la Fête des Fous et nous les brocardons. Cela se fait gentiment, maintenant. Mais au Moyen Âge, c’était quand même du costaud», sourit Vincent Brichet. Lors de cette Fête il y a aussi le Jogging des Fous, les Auberges Espafolles, la parade, la marche aux flambeaux etc.

Sources

https://www.i6doc.com/fr/book/?GCOI=28001100253230 Sainte-Walburge... de rue en rue
Michel Dusart. C’est un long récit : une voie traversait déjà le site à l’époque gallo-romaine, avant même la naissance de Liège. Du lieu "Sainte-Walburge", on trouve la première trace écrite en 1078. L’appellation "faubourg" n’a été officiellement supprimée qu’en 1877.
http://www.faubourgwalburgis.be/media/echo/Echo20.pdf Il suffit de changer le chiffre 20 pour consulter tous les numéros

mercredi 8 novembre 2017

L’urbanisme stalinien et la démolition de l’église du Saint Sauveur



On casse du sucre sur le dos de Joseph sur le dynamitage de la cathédrale du Saint Sauveur. Mais, en fait, le tsar avait déjà démoli un couvent pour y mettre sa cathédrale. Et la reconstruction à une vitesse en 1995 a été faite au mépris de toutes les règles de conservation du patrimoine. Dans ce blog j’essaye de faire le point sur cette église emblématique.

Une cathédrale en signe de gratitude à la Providence Divine, qui permit à la Russie d'être sauvée de la destruction

En décembre 1812, au moment où l'armée napoléonienne quitte la Russie et repasse le Niémen, l'empereur Alexandre Ier ordonna la construction, à Moscou, d'une cathédrale dédiée au Saint Sauveur, « en signe de gratitude à la Providence Divine, qui permit à la Russie d'être sauvée de la destruction qui la menaçait ».
Plein de projets architecturaux sont proposés. Initialement, le projet de l'architecte Alexandre Vitberg fut retenu et la première pierre fut posée le 12 octobre 1817, jour du cinquième anniversaire du départ des troupes françaises de Moscou, sur la colline aux moineaux. Ce site offre le meilleur panorama de Moscou. Aujourd’hui s’y trouve l'Université Lomonossov, 236 mètres, un des 7 gratte-ciel baptisés "les sept soeurs de Staline". Mais Alexandre Ier meurt en 1825, et Vitberg, accusé de dilapidation des fonds de l'État, fut exilé.
Le tsar Nicolas Ier organisa un nouveau concours en 1829, qui fut remporté par Konstantin Thon, déjà réalisateur du Grand Palais du Kremlin, en style « russo-byzantin ». Thon proposa un nouvel emplacement: la colline Alexeïevski, située au bord de la Moskova et faisant face au Kremlin. Il est vrai que ce site domine vraiment le centre de Moscou. Un petit problème : il y avait là le couvent féminin Saint-Alexis. No problemo : on le rase en 1837 pour faire place à la cathédrale. Une légende dit qu’une nonne a maudit cette construction et a prédit qu’elle ne resterait pas plus de 50 ans.  Les bolchéviques réaliseront la malédiction de la nonne. Ils imiteront donc Nicolas I en rasant à leur tour le bâtiment de Thon… Ils

Inauguration avec l'ouverture solennelle 1812 de Tchaïkovski

La construction du temple dura 44 ans. Nicolas I meurt en 1855, et l'architecte Thon aussi mourut deux ans avant la consécration, ainsi que Alexandre II qui laisse la vie dans un attentat le 1er mars 1881. L’inauguration est repoussée au 26 mai 1883, date du sacre d'Alexandre III. L'ouverture solennelle 1812 de Tchaïkovski fut écrite spécialement pour cette occasion. Voici pourquoi il a repris des canons dans sa partition: The story of Tchaikovsky's 1812 overture
Ou ici avec des canons (à 9’50)
Un arrangement des Bravo Battery Bulldogs 1-9 FA (à 1’01)
Et ici en 2012 avec les canons du HMS Belfast (moins réussi)
En 1913, l'édifice obtint le statut de siège du patriarcat, centre de l'Orthodoxie russe.

La cathédrale dynamitée en 1931

En juillet 1925, Igor Grabar explique dans la revue «La Construction de Moscou» qu'il faut démolir Moscou «afin que l'Ancien fasse place au Nouveau». L'Ancien, ce sont toutes ces églises, ces couvents, ces chapelles, ces clochers qui font de Moscou «un musée du passé». Le 18 juillet 1931, un communiqué du gouvernement soviétique dans la Pravda annonce l'édification à Moscou d'un palais des Soviets.
On présente très souvent le dynamitage du Saint Sauveur comme une lubie de Staline, et, dans le meilleur des cas, comme le résultat d’une politique athéiste. Il a bon dos, Joseph. Comme je l’ai déjà dit, l’ordre de démolition a été signé par Lazare Kaganovitch.
Cette décision est prise dans le cadre du premier plan quinquennal qui avait aussi un volet urbanistique. J’aborderai les motivations anti-religieuses plus loin. Les soviets s’inscrivent dans un large courant international qui se cristallisera à partir de 1928 dans les congrès internationaux d'architecture moderne. La Charte d’Athènes des CIAM deviendra l’évangile pour des décennies. Des architectes russes y joueront un rôle important (à côté de belges comme Victor Bourgeois e.a.)
Ernst May forme avec dix-sept architectes la «brigade May» pour le premier plan quinquennal de l’URSS. On crédite au groupe de May la construction de vingt villes en trois ans. May est, à cette époque, fort proche de Victor Bourgeois.
En 1929 le CIAM avaient présenté un projet de ‘villes radieuse’ pour Buenos Aires. En 1930 les soviets consultent Le Corbusier, un des architectes-phares des CIAM, pour l’aménagement de leur capitale. Déjà en 1922 le publiciste russe Ilija Ehrenburg avait publié à Berlin ‘Vesc, l’objet’, qui reprenait déjà un texte du jeune Corbusier sur ‘L’état actuel de l’architecture’. Corbu développe un ‘schéma organique’ pour Moscou. Une version plus élaborée est présenté dans sa ‘Réponse à Moscou’ au CIAM qui s’organise à Bruxelles en 1930: 66 pages, 21 planches de plans. Son plan est une transposition directe de son schéma de la Ville contemporaine de trois millions d’habitants de 1922. Corbu veut faire table rase des centres historiques des vieilles villes. Son "Plan Voisin" pour Paris de 1922 épargnait seulement Notre Dame et quelques autres bâtiments historiques.
Dix ans plus tard, Victor Bourgeois se réfère explicitement à ce plan ‘Voisin’ dans son plan Le nouveau Bruxelles’,  dans le cadre du plan pour la jonction ferroviaire Nord-Midi. Bourgeois continuera sur sa lancée avec Charleroi, au quatrième CIAM de 1933, où son collègue Huib Hoste y présente un plan pour la rive gauche d’Anvers.
Tout à fait dans la ligne de son plan Voisin, Corbu juge qu’à Moscou «il est impossible de rêver à faire concorder la ville présente ou future».

Le centre de Moscou n’est pas fossile

En 1926, dans sa première (et dernière) publication Izvestia ASNOVAEl Lissitzky avait encore proposé des Wolkenbügel, avec des formes qui rappellent les porte-à-faux d’aujourd’hui.
Mais vers la fin des années 20 le Parti Communiste essaye de remettre de l’ordre dans ce foisonnement d’idées qui frisait souvent le sectarisme. Les architectes russes ne suivent pas Corbu dans sa rage contre le cœur historique des villes. Pour l’architecte russe Gornyi «les panacées proposées par le Corbusier ne sont qu’une réaction contre l’état dans lequel se trouvent aujourd’hui les grandes cités capitalistes ». Gornyi est pourtant un fan de Corbu : il traduit et édite ‘L’urbanisme’, une de ses œuvres majeures.
Pour un autre architecte russe,  Semenov, « le centre de Moscou n’est pas fossile, et, cerveau principal de la capitale, il se développera encore avec elle ».
Cela ne déstabilise pas Corbu qui approuve ces critiques sur la désurbanisation : « Le pierrier atroce des villes: étouffement, écrasement, est une pure manifestation capitaliste. Pourtant, à Moscou aussi, en 1930, l’engouement a été à la désurbanisation. On a voulu briser la ville en 10.000 morceaux, créer les routes qu’il faudra pour conduire à toutes ces maisons dispersées partout. Et chacun son auto. Un beau jour, l’autorité qui est à la porte de la raison où viennent frapper les rêves justes ou chimériques a dit en URSS : ‘assez ! Ca va ! Cessez de rigoler!’ La mystique de la désurbanisation s’était cassé le nez ».
Le Corbusier ne comprend pas que la critique soviétique de la désurbanisation vise son approche aussi, trop coupée des préoccupations des gens, et trop irrespectueux de l’histoire.
En URSS, le parti communiste remet un peu de l’ordre dans ce bouillonnement artistique. Le rapport de Lazar Kaganovitch (celui qui signe la démolition de la cathédrale) au Comité Central de juin 1931
(sur la construction du métro) marque l’échec définitif des thèses désurbanistes. Et en avril 1932 le CC décrète la réorganisation des organisations artistiques. L’Union des Architectes efface tous les groupements antérieurs et lance en 1933 son ‘organe de lutte pour une architecture socialiste’, Arhitektura SSSR. Là aussi la page de couverture est de Lissitzky.

Arhitektura appelle à ‘rejeter énergiquement les recettes fonctionnalistes et l’approche fonctionnaliste de ses programmes, et de faire une assimilation critique de l’héritage du passé’.
Ces deux éléments sont pour beaucoup d’artistes occidentaux difficiles à digérer. La décision du CC de 1931 est un appel aux artistes pour partir de ce que le peuple veut, au lieu de surfer sur un sentiment artistique individualiste. Et la dissolution des groupements antérieurs signifie la fin des chapelles qui s’excluaient mutuellement et se perdaient dans des disputes gauchistes stériles et interminables.
Ce qui ne veut pas dire que la gauchisme disparait… Un journaliste soviétique jette encore de l’huile sur le feu : « La croissance du chômage parmi les architectes pousse ceux-ci vers le fascisme et parmi eux Le Corbusier qui est devenu le rédacteur d’une revue d’orientation ostensiblement fasciste. Ceci n’a rien pour surprendre, si l’on se souvient combien Le Corbusier avait pris au cours de ces dernières années ses distances vis-à-vis de toute politique, en déclarant avec fierté qu’il ne s’occupait que d’architecture pure».
On serait fasciste parce qu’on prend ses distances vis-à-vis de toute politique ? C’est un peu court…
En 1932 Léon Moussinac critique dans l’Huma, le journal du Parti Communiste Français Corbu pour qui « les terrains libres de l’URSS apporteront le plan libre»: « Le Corbusier ne veut pas savoir que, seule, la révolution socialiste a crée les conditions d’une telle liberté. Traitant de l’urbanisme de Moscou, il propose des solutions sans tenir compte d’un fait révolutionnaire : la mainmise des ouvriers sur l’économie municipale ».
Cette critique n’empêche pas Corbu de s’engager en 1935 dans la mouvance du Front Populaire. Il participe notamment aux activités de « l’union des architectes », crée par Louis Aragon et André Malraux. Et Vaillant-Couturier déclare regretter les attaques de Moussinac dans l’Huma.

Un  4°CIAM à Moscou en 1932.

Le  4°CIAM devait originellement avoir lieu à Moscou en 1932. Cette décision montre l’intérêt réel des CIAM pour ce qui se passait là-bas. Mais l’enthousiasme n’y est plus, des deux côtés. Intourist traine en longueur et impose même un changement de lieu si les organisateurs veulent éviter un report des séances à l'année suivante.
Finalement, le 4° congrès s’organise autour d’une croisière de Marseille à Athènes fin Juillet-Août 1933. Cette croisière est en quelque sorte symptomatique pour une certaine perte de contact avec le sol, réalité de base de tout architecte. Et, si ce n’est pas une rupture officielle avec l’URSS, c’est incontestablement pour certains un décrochage avec un ensemble d’expériences fascinantes dans le cadre des plans quinquennaux en URSS…
Joseph a donc en quelque sorte freiné l’ardeur des urbanistes qui voulaient faire table rase des centres historiques des vieilles villes.

Le palais des Soviets sur le site de la cathédrale du Christ-Sauveur

C’est donc dans ce cadre que nait le projet d’un palais des soviets. Ceci dit, la Ligue des militants athées ou Société des Sans-Dieu)
a sans doute influencé aussi cette décision. Même si à cette époque le Comité Central dénonce déjà «les déviations inadmissibles dans la luttecontre les préjugés religieux, en particulier la fermeture administrative des églises sans le consentement de la majorité écrasante des habitants » dans une résolution du 14 mars 1930 «Sur la lutte contre les déviations de la ligne du Parti ». Le «Rapport de la section Information du Commissariat du peuple à l'intérieur sur les déviations et abus en matière de politique religieuse » décrit une situation confuse qui régnait sur le front anti-et annonce la réouverture des églises.  Ce texte, comme un grand nombre d'autres rapports de cette période révèle crûment l'anticléricalisme primaire et violent des « activistes » au cours de la collectivisation, mais aussi l'ampleur des troubles liés au refus des autorités locales de rouvrir les églises.
En 1932 le Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique annula les mesures administratives contre la religion prises entre 1930 à 1931, mais une autre directive en septembre 1931 réinstaura une éducation anti-religieuse active.
Ceci dit, l'ordre de Lazare Kaganovitch sur la démolition est du 5 décembre 1931. Mais cela soutient la thèse que cette démolition est basé sur des arguments urbanistiques.
Toujours est-il qu’indépendamment d’un certain gauchisme chez les athées, cette cathédrale était avec ses 6800 mètres carrés et sa capacité de 10.000 personnes une menace potentielle. Les autres églises (comme ceux du Kremlin) étaient somme toute des églises privées, qui pouvaient acceuillir une centaine de personnes. En rasant le bâtiment, on enlève la possibilité aux popes d’organiser des grands rassemblements au centre de Moscou.

Liège aussi a démoli sa cathédrale, vestige de la tyrannie ecclésiastique

Et puis, il y a évidemment la nécessité pour tout régime révolutionnaire de détruire au moins quelques symboles de l’ancien pouvoir. En tant que Liégeois nous sommes bien placés. Un de nos
grand peintres, Léonard Defrance, qui a joué un rôle important dans la révolution liégeoise de 1797, est pour Théodore Gobert “le pire des Liégeois que la terre ait jamais porté”.  Defrance a détruit un des édifices religieux les plus prestigieux de l’occident.
Gobert se trompe : ce n’est pas l’individu Defrance, mais les révolutionnaires Liégeois qui décident en février 1793 de démonter sa cathédrale. Une commission s’occupe de la démolition, avec Defrance comme président. « La proposition d’abattre la cathédrale, pour effacer tout vestige de la tyrannie ecclésiastique dont le pays a tant souffert, est acceuillie avec la joie la plus vive et décrétée à l’unanimité » (Bulletin du département du pays de Liège et de la Belgique, 1793, N°7, p.33).
A la même époque on vend des dizaines de bâtiments tout à fait comparables à Saint Lambert,  pour récupérer des matériaux, simplement parce que ces bâtiments étaient devenus d’inutiles témoins d’une époque révolue. Dans la principauté liégeoise, l’abbaye  de Saint Trond, une des plus vieilles et plus puissantes des Pays Bas, fut ravagée en 1796. Napoléon a empêché la démolition de la cathédrale Notre-Dame d’Anvers. A Bruges la cathédrale Saint Donat a été vendue comme 'bien national’ et complètement démolie. En France des dizaines d'églises et de monastères ont partagé le même sort. Plus dans http://hachhachhh.blogspot.be/2013/09/leonard-defrance-et-saint-lambert.html

Du monument à la troisième internationale de Tatline de 1922 au palais des soviets

Le projet du palais des soviets reprend le projet du monument à la troisième internationale de Tatline de 1922. Tatline voulait une salle de 15000 places et un foyer pour 15000 personnes, une salle pour les plénums de la troisième internationale de 6000 places des salles et bibliothèques secondaires et une esplanade permettant des défilés de masse.  
Des architectes étrangers " d'avant garde" (Le Corbusier, Gropius) participent au concours de 1930 à côté des "modernes" (Perret, Mendelson, Poeltzig, Lubetkin) et des "académiques" (Brasini). Il y a trois participants soviétiques : le palladien Joltovski, l'indécis Iofan et le moderne Krassine. Un  nouveau concours fut même ouvert aux amateurs en 1931. 160 projets furent présentés. Les trois nominés furent un projet  classique de Joltosvki,  un projet babylonien de Iofan et un projet dans le style des bâtiments de Washington des années 30 par un architecte américain inconnu, Hamilton.
Le Corbusier et Sigfried Giedion, à l'origine des CIAM, se plaignirent auprès de Staline de cette décision, « une insulte directe adressée à l'esprit de la Révolution et au plan quinquennal».
Une troisième session du concours invite en mars 1932 quinze équipes à concourir.
Dans  une note à Kaganovich, Molotov et Voroshilov Staline juge le projet d'Iofane comme le meilleur, mais propose d’allonger la tour principale, comme une colonne, aussi grande, voire plus haute encore, que la tour Eiffel,  couronnée d’une faucille et un marteau nimbés de lumière. Iofane avait dessiné une statue relativement petite du Prolétarien libre.
La quatrième session (juillet 1932 - février 1933) n'invita que cinq lauréats. Le 10 mai 1933, Iofane fut le gagnant final  mais son projet n’atteignait que 180m de haut et décomposait encore les différentes fonctions du programme en plusieurs bâtiments.
Le comité directeur remet tout sur le métier: plus question de solutions d'avant-garde ; un bâtiment unique. Les manifestations populaires ne traverseront plus les salles, il suffira que les délégués puissent saluer de loin les défilés;  l'égalité prolétarienne de la conception en amphithéâtre est remplacée par une ségrégation entre les différentes catégories de spectateurs et le retour des balcons. Mais il faut surtout refléter "la grandeur de notre édification socialiste". Une très haute tour et une statue de Lénine apparurent en réponse à un discours de Staline : « Le palais des Soviets est un monument dédié à Lénine. N'ayez pas peur de la hauteur, recherchez-la».
Iofane fut désigné définitivement en 1933 avec l’obligation de couronner le projet d'une statue de Lénine de 50 à 70m de haut. Le projet enfle encore un peu: la grande salle passe à 21.000 places avec une hauteur sous plafond de 100 m.
La hauteur passa ainsi de 260 à 415 mètres. En 1937, Frank Lloyd Wright s'adressant au congrès des architectes soviétiques fit cette remarque : « cette structure — juste une proposition j'espère — serait bonne si on la prenait pour une version moderne de saint Georges terrassant le dragon ».
Perpective triomphale Position du palais des soviets dans le plan de Moscou
Le chantier débuta en 1937. La fondation circulaire fut réalisée en 1939.
Ce projet abandonnée était la huitième ‘sœur’. En 2005 on pouvait voir dans le cadre d’Europalia «Les 7 Tours de Moscou (1935-1950)», au Botanique à Bruxelles.

La piscine Moskva, la plus grande du monde.

Des fondations du Palais des Soviets ancraient le bâtiment à 28 mètres de profondeur, dans la couche rocheuse, avec des pieux en acier. En juin 1941, la guerre arrêta le chantier. Les poutrelles ont servi pour des barrages anti-chars.
Après la guerre, Iofane proposera encore une autre version, incluant cette fois le thème de la Victoire, mais la reconstruction du pays impose d’autres priorités. La station de métro Palais des Soviets, aménagée en 1935 par Alexeï Douchkine, fut rebaptisée Kropotkinskaïa en 1957. Cela signifiait en quelque sorte l’abandon officiel du projet.
En 1958, Nikita Khrouchtchev transforme le vide laissé par les fondations du palais en une piscine géante à ciel ouvert d'un diamètre de 129,5 mètres. Les plans de la structure sont confiés au célèbre architecte moscovite Dmitri Tchetchouline.
La piscine Moskva était la plus grande du monde. Elle était chauffée, même au plus fort de l'hiver.
C’est du Khroutchev tout craché : Boris Eltsine n’est pas une rupture avec son bling bling. Il annonce en 1994 la reconstruction à l'identique de la cathédrale du Christ-Sauveur à son emplacement initial. La piscine est en conséquence démolie. Entre temps Nikita Khrouchtchev aussi n’était qu’un (mauvais) souvenir. Nous avons cherché (en vain) sa tombe au cimetière de Novodevitchi
Tombe de Nikita Khrouchtchev

2000 : une nouvelle cathédrale du Christ-Sauveur

Eltsine veut aller vite, et ça se voit. En 1995, la première pierre de la nouvelle cathédrale est posée. Le monument est consacré le 19 août 2000. Fureur mal contenue de milliers de gens appauvris par le chaos postcommuniste. Colère de nombreux popes qui n'ont pas de quoi restaurer leurs propres églises... Cette reconstruction fut le précédent qui donna l'impulsion pour le "remodelage" du patrimoine historique. Les architectes et les constructeurs travaillent rapidement et ne possèdent aucune connaissance scientifique particulière. Ils se sont révélés utiles pour la réalisation de projets bling bling et de programmes idéologiques. Seule la forme «historique» externe du bâtiment est maintenue, sans le processus complexe de restauration scientifique qui assurerait l'intégrité et l'exhaustivité du phénomène que nous appelons «culture». Pour le maire de Moscou «  la culture de Moscou le concept de la copie n'est parfois pas moins significatif que celui de l'original ".Le ministre russe de la Culture a décrit la situation comme « une bacchanale de la construction chaotique Au cours des dernières années, plus de trois cents bâtiments historiques ont été démolis. Mais cela fera partie d’un blog à part.

le Centrosoyouz  dû à Le Corbusier menacé en 2017

Ironie de l’histoire, le Centrosoyouz, première grande commande publique reçue par Le Corbusier, est menacé. Le "Centrosoyouz" est un symbole du modernisme, construit entre 1928 et 1936 pour héberger le ministère soviétique de l'Industrie légère. Ce monument historique classé venait d’être rénové en 2013. Le Centrosoyouz, avec sa rotonde sur pilotis à l'entrée et ses façades entièrement vitrées, faites de fenêtres en bandeau, reprend plusieurs codes du "Mouvement moderne" définis par Le Corbusier. En dépit de ses surprenants murs en tuf rouge -une roche volcanique tendre, ce bâtiment imposant qui allie les courbes et les angles s'intègre parfaitement dans l'architecture néo-classique du centre-ville de Moscou.
Antoine Picon, président de la Fondation Le Corbusier, s'en est inquiété dans une lettre adressée au maire de Moscou et au ministre russe de la Culture. Konstantin Mikhaïlov, coordinateur d'Arkhnadzor, qui lutte pour la préservation des bâtiments historiques, regrette une "altération de l'idée de Le Corbusier". Il estime que la construction d'un centre d'affaires qui serait accolé au bâtiment classé éloignerait les chances de voir le Centrosoyouz intégré au Patrimoine mondial de l'Unesco (17 réalisations de Le Corbusier dans sept pays ont été sélectionnées par l'Unesco en 2016 et le Centrosoyouz, "bâtiment très important pour l'héritage moderne  est souvent cité comme un candidat susceptible de rejoindre cette liste). Une réalisation de celui qui voulait faire table rase des centres historiques des vieilles villes à son tour menacé par l’urbanisme capitaliste débridé !

Le Corbusier en 1930 : mes plans répondent aux nécessités de défense contre la guerre aérienne. 

Un peu étonnant, même si le rapport avec le plan d’urbanisme pour Moscou est mince, cette remarque de Le Corbusier en 1930, sur son plan pour la capitale de l’URSS: «.j’ai établi depuis dix années des plans d’urbanisation et d’habitation qui répondent en grande partie aux nécessités de
défense contre la guerre aérienne. Un rapport militaire français examinant récemment les diverses solutions d’urbanisation proposées pour l’aménagement de Paris démontre que mes études se trouvent être les seules répondant aux nécessités de la défense aérienne». Prophétique : cela servira une décennie plus tard lors de la bataille de Moscou contre les nazis… (Le Corbusier, «Commentaires relatifs à Moscou et à la ville verte» 12/03/1930, doc. dactyl. FLC –Fondation Le Corbusier –A3(1)65, cité par J-L Cohen, 2011, p.22).