jeudi 17 mai 2018

Balade santé MPLP Herstal du 2 juin 2018 : les baraques Albert


La prochaine balade santé sera le samedi 2 juin, dans le cadre de la fête desgensdabord. Le thème de la balade sera les baraques Albert. Entre 1927 et 1930 353 maisons sont démolies à Herstal :suite à la nouvelle usine Prémadame, l’élargissement du canal et l’aménagement de l’île Monsin. Tout ça sans aucun plan de relogement des familles expropriées. Face à cette crise du logement Herstal pare au plus pressé entre autres en acquérant 300 baraquements au Fonds du Roi Albert (FRA) qui avait quelques années auparavant loué aux communes des pavillons préfabriqués en bois pour les sinistrés de guerre.
 Ces pavillons étaient censés provisoire, en attendant la construction de quelques centaines de maisons par la Société Coopérative des Habitations Bon Marché de Herstal. Plus d’un siècle plus tard des dizaines de ces baraques sont toujours habités. Est-ce étonnant que le logement sort comme une des préoccupations principales des Herstalien.ne.s en 2018 ?

La rue des Sept Bonniers

La balade santé démarre  à 14h, de la rue des Sept Bonniers, où se trouve l’entrée de notre salle MPLP.  C’est une rue, pas une ruelle. Comme il n’y a pas de plaque à l’entrée de cette rue on profitera de l’occasion pour y apposer une petite plaque avec un peu d’explications.
D’abord le bonnier est une unité de mesure de surface. Attention avant d’acheter un bonnier : la notion est très élastique. Le Bonnier liégeois faisait 8 716 m2, mais ailleurs il pouvait faire 14 000 m2.
On est ici sur les terres de l’évêque. Ces biens ont été confisqués au Prince-évêque lors de la révolution de 1789. On qualifiait des gens qui achetaient ces biens comme la bande noire. Le citoyen Behr qui les a acheté en l’an VI fait donc partie de cette bande noire. En 1830 ces terres appartiennent à la famille Brixhe.
Le charbonnage de Bonne Espérance achète ces ‘sept bonniers’ en 1880 pour y installer un raccordement au chemin de fer de son bur du Moulin à vent, là où se construit aujourd’hui le complexe Bois d'Orange, au croisement des rues Paradis et Emile Muraille. Ecologiques avant la lettre, ce charbonnage : au lieu d’assurer l’aérage par un toc-feu, l’Espérance avait son moulin à vent !
En dessous de sept bonniers passe la Xhorre de l'Espérance (où exhaure du Moulin à vent). En 1913, le Charbonnage signe une convention permettant à la FN d'écouler ses eaux pluviales et résiduaires dans cette xhorre à partir de l'endroit du  raccordement du chemin de fer jusqu'à son sa sortie (son œil ) au canal Liège-Maastricht. 

Les Baraques Albert ou Fonds Roi Albert

Dans la rue sept Bonniers, côté place des Volontaires de 1830, une première baraque Albert. Le Fonds du Roi Albert (FRA) est née pendant la première guerre avec l’objectif de pourvoir immédiatement au logement des sans-abri lorsque les hostilités prendraient fin.
Déjà au début de la Première Guerre, 78.000 habitations privées furent détruites ou gravement endommagées. Le gouvernement belge du Havre crée par arrêté royal du 23 septembre 1916 le Fonds Roi Albert, dans le but d’entamer immédiatement la reconstruction des régions dévastées. En mai 1917, le Conseil d’administration approuve un premier crédit de 10 millions de francs. Mais les Alliés exigent que leurs crédits consentis à la Belgique soient réservés à des buts de guerre bien caractérisés. Il faudra attendre 1919 pour que le Fonds devienne pleinement opérationnel en Belgique.
Le gouvernement contourne cette interdiction par le Comité de Secours et d’Alimentation du Luxembourg (CSAL) qui se préoccupa d’aider les habitants à se reloger provisoirement. Dans ce cadre-là le FRA opte pour une solution provisoire, des pavillons préfabriqués en bois. Le prix de revient ne dépassait pas 150 frs le m2. Beaucoup ont été fabriqués en Hollande qui avait acceuilli un million de refugiés belges en 1914. En mai 1915 il en reste  105.000, chiffre qui se maintiendra jusqu’à la fin de la guerre. Mais il y a aussi les soldats de la forteresse Anvers qui s’étaient rendus et ont été internés. http://hachhachhh.blogspot.be/2015/01/liege-dans-la-tourmente-les-refugies.html .
une baraque Albert au musée Flanders Fields
Les soldats internés connaissaient un régime +- libre, et la Hollande essayait par tous les moyens de les occuper. A Uden on essaye une expérience ‘communiste’ basé sur l'économie distributive  d’Edward Bellamy. Les refugiés et internés travaillent contre une rémunération en points pour fabriquer des maisons démontables, financées par un don du gouvernement danois. Ces baraques du village Danois (Deense Dorp) à Nunspeet sont après la guerre démontées et reconstruites en Belgique sous le nom ‘Baraques Albert’. Ces baraques sont donc le fruit d’une initiative communiste, certes utopique. Le roi Albert se retournera dans sa tombe….
Après 1918 d’autres seront rachetés aux Anglais et Américains. Le FRA louait ses baraquements aux administrations communales, dont Herstal, qui loue en 1923 un baraquement pour l’école ménagère rue Faurieux, et un autre qui sert d’hôpital provisoire. 25 Baraques Albert furent loués aux particuliers.

Herstal 1927-1930 : une crise du logement, suite à la démolition de 353 maisons

Mais entre 1927 et 1930 s’ajoute une nouvelle crise du logement, suite à la démolition de 353 maisons:
60 par la FN (nouvelle usine Prémadame)
193 au Ponçay, Milsaucy, Rivage (100), au Jonckay ainsi qu’à Chertal (30)
100 sur l’île Monsin par la Ville de Liège, devenue propriétaire par la loi du 16/8/1927.
Tout ça sans aucun plan de relogement des familles expropriées. On transforme des ateliers et des remises en habitations. Un baraquement affecté aux locaux scolaires en Faurieux est aménage en habitation. Dans une petite maison de la rue En Bois de deux pièces au rez et à l’étage de 3.60 sur 3.60 mètres s’entassent en 1931 trois ménages comptant au total six adultes dont une femme enceinte et cinq enfants. Un des adultes souffre ‘parfois de pleurésie’.
Face à cette crise du logement le bourgmestre Hubert Sacré essaye de parer au plus pressé entre autres en acquérant par la commune plus de 300 baraquements au FRA. Ces logements ne correspondaient pas à toutes les exigences en matière de sécurité et d’hygiène. Malgré l’inconfort 24 familles expropriées du hameau de Chertal adressent une pétition au Conseil Communal le 26/4/1930 pour en avoir.
En 1928 H. Sacré s’adresse à la FN, estimant – à juste titre- qu’elle est partiellement responsable de la situation par les démolitions au Pré-Madame et aussi parce que l’usine attire une population ouvrière.
En 1927 le Conseil Communal rachète au FRA les 49 baraquements qu’il louait – l’œuvre offrait des conditions avantageuses à l’occasion de sa liquidation- et en achète 50 autres. Tout ceci en attendant la construction d’habitations sociales par la société coopérative de logement de Herstal.
Sur les Monts il y en avait en 1937 :
 11 rue J-M Courard, 15 rue du Bon Air, 13 rue Muraille, 10 rue des Hineux, 6 Pré des Communes, 6 rue de l’Agriculture, 7 sur les Thiers, 5 rue Dronet, 3 Basse Préalle et 2 rue des Moteurs, soit 78 au total. Il y en avait 97 à Pontisse, 22 en Foxhalle et 26 en Faurieux.
Le Bourgmestre Hubert Sacré en achètera d’autres pour atteindre en 1930 353 baraquements. L’administration cherchant à minimiser les dépenses, ils furent installés sur des propriétés communales. Le Bureau de Prévoyance sociale gérait locations et ventes.
En 1928 le taux annuel du loyer est fixé à 8% du prix d’achat. Ainsi, un 3 pièces acheté 9000 frs se louait 720 frs par an soit 60 frs/ mois, contre 75 frs/mois pour une (petite) maison en dur de la Cité Deprez.
En 1927 107 des pavillons (42%) sont loués. La politique est de vendre les baraques aux candidats propriétaires qui possèdent terrain ou en ont la jouissance.  Ce pourcentage loué est descendu en 1931 à 31% (111 sur 353).

Des abus de pouvoir lors de la vente des pavillons

Les baraques furent vendues au prix coûtant, par annuités de 10,15 ou 20 ans et à un taux d’intérêt de 7%.  Dans le même temps, l’administration remboursait au FRA à un taux de 5% seulement. Les 3 pièces étaient vendues en moyenne à 9.300 frs. Il faut déduire de cette somme 4.500 frs pour frais de démontage et de remontage.
A titre de comparaison, une nouvelle maison de la SC de Logement de 5 pièces ( 87 m2 au sol) se vendait en 1925 pour 25.000 frs. Comparativement, avec une valeur de revente quasi nul, moins de confort et de solidité, les pavillons coûtaient plus cher qu’une habitation sociale en dur. Sans compter les primes pour l’achat d’un logement social pouvant aller jusqu’à 10.000 frs.
L’administration imposait par ailleurs des conditions de vente fort strictes : la propriété n’était acquise qu’ « à l’instant du paiement du dernier acompte ». D’où le baraquement ne pouvait être déplacé sans l’autorisation de la commune jusqu’au dernier paiement. Si l’acheteur n’est pas en mesure de poursuivre ses paiements, « il pourra être considéré comme déchu de plein droit de son acquisition et toutes  sommes versées à titre d’acompte seront définitivement acquises à la Commune ».
Ces clauses créaient parfois des situations à la limite d’abus de pouvoir. C’est ainsi qu’un armurier qui avait du interrompre ses paiements en 1930 voit son logement repris par la commune qui non seulement conservait les sommes versées mais qui de surcroit réclamait 3.000 frs pour les frais de dé montage et ce à un taux annuel de 7%. Comme la commune louait ses pavillons sans bail, elle pouvait expulser le locataire dès qu’un acheteur se présentait. Elle parvient même à expulser des propriétaires n’ayant pas la propriété du sol. Ainsi, en 1929, elle avait autorisé l’installation de huit baraquements au Jonckay sur des terrains appartenant à l’Etat. En 1933 le bureau des domaines en demande l’évacuation. Deux propriétaires parviendront à les vendre en 1937 pour respectivement 2.000 et 1.600 frs. Les six autres sont repris par l’administration pour le prix du bois récupéré. Deux de ces huit ménages ont dû, de surcroit, poursuivre le paiement de leurs mensualités.

L’ Ouvre des maisons en bois de Herstal

Cet ‘œuvre des maisons en bois de Herstal’ est un vrai scandale : non seulement elle affichait chaque année un compte en boni. Mais il y a un véritable abus de pouvoir vers la fin, quand on poussait à tout prix les gens à acheter, et cher. On avait vendu les baraques à des gens qui « en avaient la jouissance » : un terme ambigu qui se justifiait peut-être devant l’urgence de la situation en 1928, mais qui coûtait cher à ceux qui n’arrivaient pas à produire après guerre un titre de propriété. En 1949 la commune louait encore 39 baraques et gérait les annuités de 31 derniers vendus. On facturait 3000 frs pour la démolition à ceux qui n’étaient pas propriétaires !

Rue Prés des Communes : plusieurs pavillons Albert

Par la rue J-J Maclot nous montons les Prés des Communes. Sur ces anciennes terres communes plusieurs pavillons Albert. Il y en a eu 6 au départ, ainsi que 15 rue du Bon Air et Derrière les Haies.
Nous descendons par la rue de Dronet où nous retrouvons ‘intactes’ les cinq baraques de 1928.
Nous en retrouvons une rangée rue de la Belle Vue.
Nous prenons la rue Haute Maison et la rue Pierre Henrard pour rejoindre la pittoresque rue de Bériwa. Avant d’entrer dans la rue encore une baraque. La boulangerie Ghysens est un véritable monument ‘slow food’ . Notre boulanger ne travaille plus la nuit, ce qui explique qu’il ouvre en après midi. Le meilleur pain de kilomètres à la ronde ! Voir sur leur page facebook les heures d’ouverture.
Sa farine ne vient plus du moulin Nozé qui a fonctionné jusqu’en 1914, à la vapeur…
Dans le talus du chemin de fer, une galerie créée pour évacuer les eaux d’une areine (ou xhorre=exhaure). Les constructeurs du chemin de fer l’avaient bouchée. L’eau s’était accumulé derrière le remblai et avait inondé le chantier.
La crèche de l’Avenue d’Alès est un résultat bien vivant de la grève des femmes de 1966. A l’époque l’usine emploie 13.000 personnes dont 4000 femmes. La crêche applique une pédagogie progressiste développée par Emmi Pikler, une pédiatre hongroise qui dirige en 1946 un orphelinat à Budapest. Pour Emmi Pikler le bébé était un puissant acteur de son propre développement.
Notre maison médicale a été quelques années rue de l’Economie. Nous rejoignons la fête desgensdabord un peu plus loin.

Sources

Chaque deuxième dimanche du mois, notre maison Médicale organise une balade santé de +- deux heures ou 6-7 km. RV à 9h30 devant la MM où l’on va en covoiturage au point de départ effectif qui vous est communiqué par mail. Contact : HEDEBOUW Hubert  Rue Hubert Defawes 27 4040 Herstal tél 04-265.71.79 gsm: 0496 953608.

Le musée de Herstal a un texte dactylographié très intéressant de M. Clokers sur l’habitat à Herstal. Ce texte qui prend de la poussière mérite vraiment d’être édité ! J’espère par ce blog y contribuer.

http://spw.wallonie.be/dgo4/tinymvc/apps/cahiers/views/documents/flippingBook/CN89/CN89/assets/basic-html/page92.html  Dégâts de guerre et organisation de l’aide aux sinistrés, Les Cahiers nouveaux - 89 - page 92- 95

Historique du logement social à Herstal - Les baraques Albert au patrimoine mondial de l’Unesco ? http://hachhachhh.blogspot.be/2013/12/historique-du-logement-social-herstal.html

vendredi 2 mars 2018

Marissiaux, le Constantin Meunier de la photographie, gardien de notre patrimoine minier.


Avec Gustave Marissiaux, je découvre un gardien monumental de notre patrimoine minier.
En 1905 le Syndicat des charbonnages liégeois commande 150 vues à Gustave Marissiaux. Elles serviront de vitrine de l’industrie minière à l’exposition universelle de Liège de 1905.  En guise de mise en bouche sa belle hiercheuse. Bien sûr, c’est une image romantisée. Les hiercheuses poussaient de lourds wagonnets sur des rails et qui chargeaient des wagons à la pelle. Mais la dureté des conditions de travail aussi est présente dans ses photos, malgré les contraintes d’une commande patronale, avec le travail des enfants qui trient le charbon à la main dans des hangars froids, sombres et poussiéreux.

Merci à Christian Guilleaume, natif de la Préalle qui a pu, dans le cadre d’un projet avec ses gamins l'école du Laveu, où il était instit, recopier des plaques de Marissiaux. La plupart des photos reprises dans ce blog viennent de lui.

Les lucarnes de l’infini 

Quand le Syndicat des charbonnages lui commande ces photos qui doivent illustrer, sans les déformer, toutes les phases du travail exécutées dans les 27 charbonnages liégeois, il est déjà reconnu comme le chef de file de l’école pictorialiste en Belgique. Cette commande demandera à Marissiaux et ses deux assistants tout l’hiver 1904-1905.
Marissiaux y pratique pour la première fois la stéréoscopie.  La stéréoscopie vient de faire fait l’objet de perfectionnements optiques qui accentuent les effets d’illusion d’un espace en trois dimensions. Le spectateur regardant à travers les « lucarnes de l’infini » (célèbre expression de Baudelaire ) se sent complètement immergé dans l’espace représenté. La houillère y est présentée dans dix bornes stéréoscopiques et obtient le grand prix de la section « photographie ».
Marissiaux ne se contente pas de produire un document destiné à ce qu’on appellerait aujourd’hui de la communication d’entreprise. Il tire en diapositives une série de quatre-vingts vues qui sont présentées lors de la séance publique annuelle de projections lumineuses organisée par la section liégeoise de l’Association belge de Photographie. La séance n’est pas accompagnée d’une musique orchestrale, mais par un pianiste anonyme caché derrière l’écran.
Il tire des épreuves sur papier pour le Salon d’art photographique au Palais des Beaux-Arts dont le règlement stipule que les vues stéréoscopiques sont interdites.
Il n’y a pas que les effets stéréo. Il exploite ingénieusement les possibilités de la profondeur de champ. Une lanterne de sécurité permet de photographier les travaux souterrains à la lumière artificielle sans craindre un coup de grisou. En plaçant cette lanterne sur un axe différent de celui de la prise de vue, Marissiaux obtient de saisissants jeux d’ombres comme on n’en avait jamais obtenus, avec une si grande netteté, dans les rares photographies de mines antérieures. La Houillère est un vrai succès, couronné par un Grand Prix de l’Exposition de 1905.
Il travaille aussi sur la photographie en couleur à partir de 1911 à partir de la méthode de l’Anversois Joseph Sury.
Jusqu’en 1922, en plus d’exposer dans des salons d’art photographique, Marissiaux présentera régulièrement La Houillère à travers l’Europe. Ses soirées de projection « Marissiaux » s’imposent comme des rendez-vous mondains.

La subjectivité  au cœur des débats.

Marissiaux a rallié le pictorialisme (pictorial  photography), parti  d’Angleterre. La subjectivité  est  au cœur des débats. Les épreuves exposées sont appréciées pour la sensibilité, l’inspiration et le goût artistique du photographe dont la personnalité doit s'exprimer à travers ses images. Marissiaux écrit: «Ce qui fait le charme de l'œuvre de l'artiste, c’est qu'il ajoute à la caractéristique du sujet son idée propre, son âme même. C'est cette âme qui vibre, c'est elle qui nous attire, c'est elle qui nous émeut ».

Marissiaux n’est pas insensible aux conditions de travail dans les mines

Dans la perspective industrielle qui est demandée au photographe, le mineur n’est qu’un instrument occupant une fonction précise dans l’organisation du charbonnage. Le personnage principal du documentaire photographique n’est pas l’homme, c’est le charbon. Néanmoins, Marissiaux n’est pas insensible aux conditions de travail des ouvriers qui défournent le coke dans les vapeurs toxiques, des hercheuses qui poussent de lourds wagonnets sur des rails et qui chargent des wagons à la pelle, des enfants qui trient le charbon à la main dans des hangars froids, sombres et poussiéreux. Alors que les consignes de ses commanditaires ne lui permettent pas de représenter la vie quotidienne des mineurs en dehors de la mine (il ne va pas dans les corons), il photographie à plusieurs reprises les glaneuses qui, sur le terril, récoltent les derniers morceaux de charbon qui ont échappé au triage et les emportent dans de lourds sacs portés sur le dos.
Bien sûr, ce que nous interprétons aujourd’hui comme une dénonciation des conditions de travail a passé à l’époque la ‘censure’ patronale parce que ces situations étaient pour eux l’évidence… Voici par exemple une « paraphrase » pontifiante déclamée par le président du Club d’amateurs photographes de Bruxelles à la séance de projection  organisée par l’Association belge de Photographie. Ca en dit long sur l’aveuglement de la bourgeoisie belge à l’égard d’une réalité aussi éloignée de ses préoccupations.  « Hiercheuse ! Tu es la volonté faite femme, la grâce frémissante vêtue de loques, le courage dans le geste du labeur ! Tu es la synthèse de ce que la mine a de sentiment, de sympathie, d’attirance ! Hiercheuse ! Debout, fière, le regard franc, rompant le ciel et la terre de tes formes sombres serties d’une caresse de soleil flamboyant, tu es le profil géant du symbole de la mine ».

Le cinéma et les séances publiques de projections d’images photographiques

En 1895, à l’âge de 23 ans, Marissiaux adhère à la section de Liège de la puissante Association belge de photographie (ABP). Il s’installe comme photographe professionnel en 1900. Le cinéma se propage sur les champs de foire. D’un autre côté, des séances publiques de projections d’images photographiques connaissent une vive expansion.  Marissiaux crée des oeuvres artistiques spécifiquement conçues pour ce dispositif. Il y a le réalisme photographique du documentaire industriel et il y a le réalisme social du drame cinématographique. Pathé sort en 1905 un film « Au pays noir », de Lucien Nonguet et Ferdinand Zecca. Dans le cinéma minier il y aura en 1913 Germinal d’André Capellani.
Chaque année, la section liégeoise de l’ABP organise des séances publiques de projection au nouveau Conservatoire royal (1500 places), accompagnées d’une musique originale composée par Charles Radoux, professeur au même Conservatoire (deux solistes, un choeur de quatorze interprètes et un orchestre comprenant un piano, deux violons, un alto, deux violoncelles et le grand orgue) et d’un ‘poème dramatique’ écrit par Richard Ledent et déclamé par Marguerite Radoux, l’épouse du compositeur. Une nouvelle forme d’« art total » : ces projections deviennent des spectacles à part entière.
Les bénefs de ces soirées mondaines sont offerts à des sociétés caritatives telles que « les Pauvres honteux », « les Chauffoirs publics » ou encore « l’Oeuvre des enfants moralement abandonnés ». Ils proviennent principalement de la vente des programmes luxueux conçus par Marissiaux et illustrés de reproductions de ses oeuvres en photogravures. Ces programmes étaient vendus au prix de vingt francs pièce.

Marissiaux bien vivant

Cette œuvre exceptionnelle ne sera redécouverte qu’à la fin du XXe siècle. Henri Delrée, ingénieur civil des Mines de l'Université de Liège, évoque ces photos dans ses riches souvenirs professionnels: « J’ai toute une série de photos de Marissiaux où l’on voit des femmes qui transportaient, manne après manne. Il fallait que le charbon - du 10/20 ou du 20/30, qui était utilisé dans les foyers domestiques - arrive sans fines et sans destruction dans les caves des particuliers. On déposait les morceaux de charbon dans des mannes et on chargeait manne après manne, les bateaux et également les charrettes de charbon - ce que l’on appelait en wallon des «clitchèts»
Les archives du Corps des mines sont d’une richesse invraisemblable, elles datent de la loi de 1810 sur les mines. Elles sont aux Archives Générales du Royaume. Celles du régime français sont restées à Paris, celles du régime hollandais sont restées à La Haye et ne sont revenues en Belgique qu’en 1842. Et maintenant, je les reclasse parce que je crois que je suis le premier qui dépouille ces dossiers-là .... J’ai fait tous les dossiers de demandes de concessions du bassin de Liège ».
 Le 29 octobre 1986 René Leboutte, conservateur au Musée de la Vie Wallonne, fait un exposé sur "la condition ouvrière au 19e siècle" lors un colloque sur les grèves de mars 1886 en Wallonie. Yves Moreau, conservateur au Musée de la Vie Wallonne, y a présenté l'œuvre photographique de Gustave Marissiaux, "premier reporter" des conditions de travaildes mineurs liégeois, avec quelques diapositives particulièrement significatives.
Le Fonds du Musée de la Vie wallonne a des Marissiaux.
Le fonds « La Houillère » des Archives de Wallonie, détenu par le Musée dela photographie à Charleroi, comprend 68 dias stéréoscopiques verre, 2 dias verre et 53 tirages. Le fonds des photographies stéréoscopiques comprend 450 vues.
Je termine par un appel à mes amis photographes (il y en a un paquet qui font des merveiles) : cela ne vaudrait-il pas la peine de reprendre ces dias stéréoscopiques  par des méthodesstéréoscopiques modernes, en séparant les vues gauche et droite par les couleurs (anaglyphes), en lumière polarisée ou par filtres Infitec ?

Biblio

Marc-Emmanuel MELON, Gustave Marissiaux. La possibilité de l’art, Charleroi, Musée de la Photographie, 1997
Marc-Emmanuel MELON, Paradoxe esthétique et ambiguïtés sociales d’un documentaire photographique : La Houillère de Gustave Marissiaux (1904-1905), dans Art et industrie, Art&Fact, numéro 30, Liège, 2011, p. 146-156
Yves MOREAU, dans Nouvelle Biographie nationale, t. II, p. 270-271 Gustave Marissiaux, l' un des premiers photographes miniers. ce cliché de lampisterie. https://i.skyrock.net/5136/40685136/pics/3018039799_1_3_K9etZcWJ.jpg
https://i.pinimg.com/564x/d5/58/07/d558079f73bf91e7585a7a94a64408aa.jpg sous le triage
http://www.wittert.ulg.ac.be/fr/images/i_35/b35475z.jpg le terril
http://www.wittert.ulg.ac.be/fr/images/i_35/b35476z.jpg retour au coron
http://www.numeriques.cfwb.be/index.php?id=6&no_cache=1&tx_cfwbparcourspeps_pi1[uid]=65 pas copiable  diapositive stéréoscopique sur verre.

https://www.google.be/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=12&ved=0ahUKEwi84-rIoYLZAhWRXMAKHbflA9UQFghUMAs&url=https%3A%2F%2Forbi.ulg.ac.be%2Fbitstream%2F2268%2F62102%2F1%2FMarissiaux1%253AChap.%25201%2520%2526%25202.pdf&usg=AOvVaw1lvNPVyn4YymYvsmsWnUx3
https://orbi.uliege.be/handle/2268/183961
Projections photographiques et cinéma des premiers temps : La houillère de Gustave Marissiaux et les origines du cinéma minier Mélon, Marc-Emmanuel ulg, Revue Intermédialités 24+25 2014- 2015.
https://orbi.uliege.be/handle/2268/62102 Gustave Marissiaux. La possibilité de l’art.
L'oeuvre photographique de Gustave Marissiaux : du pictorialisme au documentaire industriel. Mélon, Marc-Emmanuel Musée de la Photographie  Poétique du regard dans un monde indiscernable. L'art de la stéréoscopie. Pictorialisme et société. Eléments de biographie de Gustave Marissiaux (1872-1929).

samedi 24 février 2018

L’areine des Petites Sœurs des Pauvres à la Chartreuse



" Un air de Chartreuse », c’est aussi un air de charbon et deux galeries minières. J’ai eu l’occasion de visiter l’areine de Benoit Mahaux  en-dessous de la ferme de la Chartreuse. Elle appartenait anciennement aux Petites Sœurs des Pauvres et je suppose que c’est ce nom qui restera dans les mémoires. La confusion  est aisée avec la galerie de la Chartreuse (beaucoup plus grande et qui passe sous Robermont). Cette galerie servait à amener le charbon au chemin de fer. Cfr mon blog http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/le-patrimoine-minier-de-la-chartreuse.html
M. Mahaux en est le propriétaire : c’est ce que lui a appris le promoteur Coenen qui lui a vendu la ferme. Il est le seul areinier dans le coin. Attention : ça n’a pas toujours été ainsi. Les Dames de Robermont avaient une areine aussi. Et quatre xhorres (synomyme pour araine ou exhaure) s’échelonnaient de Grivegnée à Robermont. L’Avenue de la  Grande Rôtisse de Belvaux réfère aussi à une mer d’areine.  
Et un œil d’areine du 16ième siècle passait sous la chaussée dans le biez de Wez qui longeait à cet endroit la route de Liège à Chênée (R. Dumoulin Si Grivegnée m’était conté, p.168  et  p.5  Noir Dessoin productions). Je ne sais pas où est partie la communauté de Robermont. En 1796 l'abbaye de Robermont a été vendue dans le cadre de la suppression des communautés religieuses et la nationalisation de leurs biens.

Une areine pour xhorrer ou exhaurer l’eau des charbonnages

l'areine en dessous du Musée de la Vie wallonne
L’ areine des Petites Sœurs des Pauvres a approvisionné le couvent en eau potable, mais a été creusé en premier lieu pour écouler (xhorrer, exhaurer) l’eau des charbonnages. Elle couvre aujourd’hui tous les besoins en eau de la ferme, ainsi qu’une citerne bien plus grande sous la cour de l’ancienne abbaye.
Quand le promoteur Laurent Minguet a creusé au dessus de la ferme pour des garages, il a bouché une galerie. Benoit Mahaux a eu peur, parce qu’il utilise l’eau de l’areine. Mais finalement il a toujours un débit suffisant.
Mais en tant qu’areinier, il aurait pu lui intenter un procès, et il avait à mon avis des bonnes chances de le gagner. J’expliquerai plus loin sur quelles bases. Je le résume en quelques mots ici: l’areinier est propriétaire de la mer desservie par l’areine. Cette mer, c’est tous les vides laissés par l’exploitation charbonnière qui se sont remplis d’eau ou qui auraient pu l’être si cette areine n’avait pas existé.

Une areine qui bloque la SPI

Je ne suis pas juriste, et c’est pour moi en quelque sorte un jeu d’esprit. Mais je signale quand même que j’ai pu ainsi aider les riverains du zoning des Hauts-Sarts dans leur un recours contre l’extension du zoning sur 60 hectares. La SPI a dû geler le projet sur la moitié, parce que dans ces 30 hectares se trouvent la 4ième, la 5ième, la 6ième et  la huitième bure de xhorre, tous de +- 60m de profondeur, mais on ne sait pas où. C'est des bures techniques ont servi d'aération et d’évacuation des débris à l’areinier Jean Nopis lors du creusement de son areine en 1622.  Son oeil était situé au hameau de Wérihet à Vivegnis.  Elle drainait une partie des charbonnages de Vivegnis, d'Oupeye et des Hauts Sarts.  Lorsque le tout jeune état belge impose le système des concessions, ces puits de service n’ont pas été inventoriés. Et comme le fermier interdit l’accès à ses terres, la SPI a dû geler 30 hectares…

Une visite à cette areine

entrée areine photo f.muller
Mais, pour commencer, des larges extraits d’une visite à l’areine Mahaux, sur base d’un beau compte-rendu de Vincent Gerber, avec Jack London, Renaud Bay, Véronique  Korosmezey et Benoît  Mahaux, le propriétaire des lieux.
« Une taque a été aménagée dans la cour, pour remplacer l’ancien accès (une trappe à même le sol du salon !). L’areine remplit une citerne qui couvre tous les besoins en eau de la maison. Des analyses ont été jugées bonnes, et puis, si des moines ont bu de cette eau durant sept siècles, la qualité doit être assez constante...  Les Liégeois ont bu jusque dans les années 80 l’eau de l’areine de Richonfontaine récupéré par la CILE.
La progression dans la galerie n’est pas toujours reposante pour les grands formats, malgré des portions joliment maçonnées de gros moellons de calcaire. Un premier départ de galerie murée et remblayée s’ouvre à droite. Ensuite, nous croisons deux élargissements successifs formant comme des portes, probablement des veines exploitées.
Après avoir dépassé deux autres départs de galeries comblées et à moitié murées, on arrive à un carrefour au niveau du petit barrage de captage d’eau. Vers la gauche, on découvre un puits
remontant d’environ 4 m en pleine roche, fermé par un mur de briques rouges dans lequel on peut voir une cheminée qui poursuit vers la surface, fermée au-dessus par une plaque métallique. Une échelle en bois pourri gît encore au sol.
On arrive ensuite à un carrefour. Une galerie remblayée jusqu’à mi-hauteur part sur la gauche, après quelques mètres elle se subdivise encore avec arrêt sur remplissage de chaque côté.
De l’autre côté, la pente s’accentue légèrement et le petit ruisseau fait un joli bruit de cascatelles. Nous voyons apparaître les premières veines de charbon, d’abord très fines, puis de plus en plus larges.
Nous atteignons une veine de charbon beaucoup plus importante, traversée par d’innombrables racines. Elle a visiblement été exploitée sur une certaine distance, formant une galerie sombre encombrée de ces guirlandes  végétales. Trois petits murets pourraient cacher d’autres  galeries. Un peu plus loin, une cheminée au plafond est  barrée par un mur : ancien accès ou éboulement ?
Après une belle portion de galerie avec banquettes le long  du ruisseau, nouveau départ à gauche, beaucoup plus bas de plafond. La galerie mène à un superbe puits en gros  moellons calcaires de 1,5 m de diamètre. On peut juste y passer la tête entre deux blocs, mais il y a visiblement de la profondeur, et il remonte sur 6 m avant d’être fermé par une voûte en poutres et briques. Plus loin, on arrive à une fourche terminale, les deux côtés étant comblés par un mélange d’éboulis et de boue. Des spéléos sont venus creuser il y a quelques années, mais la boue a regagné du terrain depuis. Nous respirons assez mal, il doit y avoir du CO2, nous décidons de nous en tenir là pour l’instant ».
On peut lire le compte-rendu d’un autre visiteur Christophe Cattelain, avec Vincent Duseigne
alias Tchorski.
Enfin, R. Levêque du C7-CASA avait été contacté par la propriétaire du car-wash de Cornillon en bas de la colline pour récupérer l’eau en vue d’alimenter son commerce (Regards N° 82 – 2016).

Le cens d’areine

En fait, une areine est beaucoup plus qu’une galerie. C’est tout un système. C’est ce que nous apprend le 'Traité des Arènes, construites au Pays de Liége, pour l'écoulement et l'épuisement des eaux dans les ouvrages souterrains des exploitations de mines de houille' de Mr De Crassier, membre des états de Liège. Il a écrit son traité en 1827, pour justifier le cens de l’areine. Les propriétaires d’une areine avaient droit à +- 1/80ième du charbon exploité dans toutes les veines qui sans cette galerie se seraient remplis d’eau. Quand au 19ième siècle les charbonnages installent des puissantes pompes à vapeur ils contestent ce cens. Les tribunaux ont donné raison à M. Crassier, et ont condamné les charbonnages à continuer à payer cette taxe.
Crassier a  invoqué une juridiction réactionnaire, surannée, que le Royaume de Belgique a décidé de garder, en minimisant le principe de la révolution française que le sous-sol appartient à la nation.
Voici un peu plus d’explications sur cette juridiction qui était très familière à des dizaines de générations de houilleurs, mais que nous ne comprenons plus, avec des larges extraits de ce Traité, publié en 1827 chez C.A. Bassompierre, imprimeur de la Régence. Pour faciliter la lecture j’ai fait des coupures sans mettre des guillemets, mais j’ai laissé l’orthographe d’époque.

Areine, araine, 'arènes, Arhaine, xhorre, steppement et Mahais

Areine, araine, arènes, arhaine, xhorre : la pensée de Mr De Crassier ‘éprouve un vide immense, lorsqu'embrassant le mot arène dans toute l'étendue de l'acception, on le remplace par celui de galerie d'écoulement’. Celui-ci n'est propre qu'à la partie de l'arène, depuis son oeil jusque aux points où elle pénètre dans les couches des mines; cette partie est celle que le mineur liégeois, appelle 'Mahais' de l'arène.
La construction des arènes a exigé des capitaux qui aux treizième, quatorzième et quinzième siècles n'étaient point à la disposition du commun des hommes. Commencée à son oeil (embouchure), l'arène est poussée jusqu'à la mine qui se présente la première, en observant l'inclinaison nécessaire à l'écoulement des eaux. Ce point de rencontre, s'appelle 'Steppement'.
L'arène étant construite depuis son oeil jusqu'au 'Steppement', l'arènier avait rempli sa tâche et se trouvait 'ipso facto' en titre de jouir des droits, prérogatives et privilèges de priorité que lui avaient promis les lois du pays.

Un district circonscrit par les failles ou serres et une mer d’eau

Chaque arène avait son district circonscrit, soit par les 'failles' (roches qui, de la profondeur s'élançant à la superficie, coupent toutes les couches et rompent leurs marches), soit par les serres que les arèniers mettaient en réserve sous la Sauve-Garde des Lois, pour la conservation des arènes. La Paix de St. Jacques les assurait à l'extrême limite de leur arène, ou bien, 'à la dernière pièce de leur acquet', des massifs de houille auxquels il était sévèrement interdit de toucher.
L'arène poussée au Steppement, c'est-à-dire, jusqu'à la mine où s'établit son niveau, se poursuit dès lors en oeuvre de veine et est progressivement conduite d'un bure à l'autre, soit par des xhorres soit par les vides des extractions mêmes. Toutes les eaux qui inondaient la mine ont dû au fur et à mesure qu'on leur donnait ouverture, se précipiter sur l'arène.
C'est ainsi que s'est établi progressivement pour tout le district houiller d'une arène, un seul et unique niveau. Ce niveau est appelé par les mineurs, 'mer d'eau'.
Cette mer d'eau s'étend au fur et à mesure que les extractions avancent. On pourrait croire peut-être que le domaine de l'areinier finit là où son Steppement commence; nenni valet ! Mais avant de parler de ses droits et de ses prérogatives, il est indispensable d'exposer ce qu'on entend par 'pourchasses et rotices d'arène'.

Pourchasses et rotices d'arène, xhorres et percemens

photo F. Muller
La Paix de St-Jacques de 1487 adjuge 'toute l'arène' à celui qui l'a commencée. Elle tient pour arène 'toutes ses eaux pourchasses et rotices'. Un record de la cour du charbonnage de 1607 stipule que  les vuids ouvrés et vacuité avec tous les ouvrages faits par le moyen et bénéfice d'aucune arène, sont réputés pour limites, pourchasses et rotices d'icelle arène, laquelle sert de la cause mouvante les dits ouvrages et vuids. sans laquelle arène, tels vuids et vacuités n'auraient pas été faits."
Donc tous les ouvrages souterrains exécutés pour l'extraction de la couche de houille où gît la mer d'eau, sont devenus la propriété de l'areinier; ces vides forment le plateau dominant l'arène. Ce n'est pas seulement en poursuivant les travaux qui ont commencé au Steppement que le domaine de l'arène s'accroit, mais bien aussi lorsque des travaux sont mis en communication avec elle par des 'xhorres' ou même par de simples percemens.
Cette disposition  est bien en harmonie avec l'article 546 du Code civil : "La propriété d'une chose donne droit sur tout ce qu'elle produit et sur ce qui s'y unit ". Ici le droit d'accession est une conséquence nécessaire des avantages que la communication à l'arène va procurer aux exploitants.
Pour donner à la mer d'eau tout son développement, on pratique dans les bancs de pierre des 'bacnures' ou petits aqueducs au moyen desquels le niveau ou la mer d'eau se communique d'une couche à l'autre. Ces bacnures constituent ce que l'on appelle 'Rotices de l'arène'. Depuis l'oeil de l'arène jusqu'à 'la dernière pièce des acquets de l'arène, (ainsi s'exprime l'art. 2 de la Paix de St. Jacques) et  jusqu'aux parages de l'arène voisine, les vuids ouvrés, les vacuités, les pourchasses et rotices, constituent l'arène proprement dite.
Donc, notre propriétaire d’areine Benoit Mahaux l’est jusqu’aux parages de l’arène voisine. Si je peux me baser sur la concession accordée à M. Le Coultreux, ça fait 12 km2 !

La serre

La 'Serre' était cette portion de veine à laquelle il était sévèrement interdit de toucher, afin que les eaux ne fussent abattues d'une arène à l'autre. L'art. 2 de la paix de St. Jacques dit "que quiconque a, ou aura ses arènes menées d'ici à la dernière pièce de ses acquets, il peut, pour la dite arène sauver, retenir tant de charbon que la dite arène soit sauvée." Ces serres sont à la mer d'eau de l'arène, ce qu'est une digue à la superficie : c'est à cette digue que l'arène se termine, c'est jusque là que s'étend son domaine. Dans loi de 1810, serre est remplacé par 'Desponte'.
Le niveau ou mer d'eau était alors un moyen physique de constater le district d'une areine.
Les ouvrages, entrepris, abandonnés, repris, pour être abandonné encore, ont laissé dans la profondeur des vides qui renferment aujourd'hui des amas d'eau immenses. Le domaine de ces eaux s'est accru au fur et à mesure que se sont multipliées les communications avec les ouvrages inondés.
Les premières pompes à vapeur parurent vers 1727. Elles remplacèrent les moyens d'épuisement qui s'exécutaient à bras d'hommes ou à l'aide de chevaux. Selon M. Crassier, loin de cesser d'être utiles, les arènes devinrent plus nécessaires encore, car elles reçurent les eaux des nouvelles pompes qui, alors comme aujourd'hui, furent dispensées de les élever à la superficie.
Donc, et c’est le blogger que je suis qui reprend la parole, on peut déterminer les droits de propriété de notre areinier Mahaux en fonction du niveau de sa mer. Et si au temps des charbonnages les exploitants étaient surtout intéressé par une bonne évacuation des eaux de leurs ouvrages, notre areinier moderne pourrait être intéressé par l’effet contraire : remplir au maximum cette mer pour produire de l’électricité hydraulique au moment où solaire ou éolien donnent forfait, par exemple. Or, le promoteur immobilier Minguet lui a, en bouchant une galerie, soustrait une partie de ce capital… Notons que Minguet risque un procès si suite à la montée des eaux souterrains suite à ce bouchage des riverains verraient leur cave noyée.

Pourquoi les droits des areiniers le cèderaient-ils à celui d'un prêteur de fond ou de tout autre créancier?

Mais revenons à notre M. Crassier qui développe (p.73) les titres d'exploitants après l’instauration des concessions de mines de houille lancées par Napoléon. Ne sont-ce pas ceux qu'ils tenaient de l'ancienne législation? Tous les ouvrages actuels ne doivent leur existence qu'aux arènes sur lesquelles reposent toutes les entreprises et desquelles dérivent, en seconde ligne, tous les droits des exploitants. Je dis 'en seconde ligne', car le titre primitif de concessionnaire appartient à l'areinier. Si les mines, aujourd'hui concédées par le Gouvernement, sont d'après la Loi du 21 avril 1810, titre 2, art. 7, considérées comme propriété perpétuelle, dont les concessionnaires 'peuvent être expropriés dans les cas et selon les formes prescrites pour les autres propriétés', pourquoi les droits des areiniers le cèderaient-ils à celui d'un prêteur de fond ou de tout autre créancier?

Le droit d’un areinier face à une promoteur immobilier

areine Richonfontaine Photo Guy De Block
En 2009, lors du creusement  du parking du lotissement de M. Minguet au-dessus de sa ferme, det de son areine, M. Mahaux voit la continuation de sa galerie et une autre. Il essaye de faire arrêter le chantier, craignant qu’ils ne bouchent toute l’areine, mais sans succès.
Si vous avez suivi mon raisonnement basé sur le Traité des Arènes, l’areinier Mahaux a à mon avis toujours des droits sur le sous-sol. Ces promoteurs ne peuvent donc pas faire dans le sous-sol ce qu’ils veulent, et certainement pas démolir ce système séculaire. Pour deux raisons : cela peut faire des dégâts insoupçonnables en amont de ce bouchon, en causant une remontée des eaux, dans les caves etc. Ensuite, un argument positif, demain on pourra utiliser la ‘mer’ de l’areine comme réservoir pour produire du courant hydraulique quand l’éolien ou le solaire font défaut. Et puis, comme c’est le cas à la Chartreuse, les gens qui utilisent cette eau pour des buts sanitaires ont des droits.
Je ne veux pas être un procédurier maladif (un « quérulent processif », dans le jargon juridique). Et cette areine est par sa nature même la partie la moins visible du patrimoine de la Chartreuse. Mais si avec ce petit blog j’aurais réussi à faire réfléchir un peu l’un ou l’autre promoteur, avant d’envoyer pelle et bulldozer, je serais un homme heureux ! 


Le site "Les areines de Liège" fait le point sur les areines de Liège.
Mes autres blogs sur   La Chartreuse
http://hachhachhh.blogspot.be/2018/02/37ieme-balade-sante-mplp-la-chartreuse.html
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