jeudi 18 mai 2017

31ième balade santé MPLP : une cité des fleurs et de l’urbex à Wandre-Cheratte.



Pour notre 31ième balade santé  du 11 juin 2017 le départ est à 9h30 avenue Ferrer 26 Herstal, notre maison médicale MPLP, ou au point de départ, Rue du Grand Thier à Wandre, en face de l’Avenue de l’Indépendance qui va à l’autosécurité. Attention : les possibilités de parking Rue du Grand Thier sont limitées. Il faudra trouver une place dans la rue du pont de Wandre.
Les balades-santé mplp sont ouverts à toutes et à tous, et la participation est gratuite.
Ca sera la dernière de la saison : nous reprenons en septembre avec une balade sur le thème "Patrimoines et RAVeL".
Au bout de notre balade la Cité des fleurs de Cheratte. Cette balade brode un peu sur la sortie du film « Enfants du Hasard ». Mais ça sera aussi une balade très urbex : pour y arriver nous traversons la friche industrielle du Wérihet qui longe la bretelle de l’autoroute. Une friche industrielle très verte : cela fait 60 ans (en  1956) que Liège a un Plan Particulier d’Aménagement qui affecte le site à  l’activité économique…

Le charbonnage du Hasard à Cheratte

Nous ne visiterons pas cet autre friche, en phase de réhabilitation: le charbonnage même du Hasard, en chantier. C’est pour une autre balade. Mais il y a moyen de faire une expérience immersive en 360 degrés sur Google Maps. Grâce à Google Arts & Culture et Meta-Morphosis il y a aussi quatre expositions virtuelles de deux prestigieux photographes contemporains, Axel Ruhomaully et le portraitiste Roméo Balancourt : LES HEROS, LES Archives, les DECORS, les LOGOS..

Quarante ans pour la reconversion du Charbonnage du Hasard

Cheratte employait à son apogée quelques 1500 ouvriers. Fermé en 1977, il a longtemps été laissé à l’abandon avant que sa réhabilitation ne soit finalement amorcée en février 2017 par la SPI, agence de développement économique en Province de Liège, son nouveau propriétaire.
Pendant 36 ans le  propriétaire du Charbonnage, Monsieur Armand Lowie, paix à ses cendres, a bloqué impunément toute reconversion du site. Il a récupéré un maximum de fer.  31 octobre 1977, catastrophe sociale au charbonnage du Hasard à Cheratte. C'est la fermeture due à l'Europe, celle déjà du profit et des banquiers.

Et mes 100 mètres sur Herstal ?

Pour avoir mes 100 mètres sur Herstal vous pouvez commencer au milieu du pont de Wandre. N’oubliez pas de saluer Robert Gillon au passage. La frontière Herstal-Liège passe au milieu de la Meuse. Et puis, vous êtes sur un monument du patrimoine historique majeur de Belgique. Le pont de Wandre a été classé 6 ans après sa construction. Son constructeur René Greisch est décédé en 2002, et c’est son bureau qui a participé à la construction par lançage du pont de Millau : deux kilomètres et demi au-dessus de la vallée du Tarn, en France. Le bureau a aussi collaboré avec Calatrava pour la gare des Guillemins. Cliquez ici une série de belles photos de ses ponts .
Et puis, le sous-sol est aussi Herstal, ou plutôt à la S.A. d’Abhooz (en liquidation) qui acheta en 1827 une partie de la Concession de Wandre. En 1893 la houillère construit un chemin de fer aérien qui relie Abhooz (Pontisse) à la station de Chemin de fer de Cheratte où l’on construit un dépôt pour la vente en détail par charrettes. En 1894 la S.A. d’Abhooz achète une partie de concession de la S.A des Charbonnages réunis de Cheratte.
En 1802 des 60 ouvriers de la houillère de Wandre habitant Herstal entrent en conflit avec le passeur d'eau Collardin, qui voulait abolir la franchise de passage dont avaient joui jusqu'alors les habitants de Herstal, prétendait leur appliquer  le tarif plein des étrangers. Cela aurait coûté 940 frs pour les soixante hommes  de la houillère, non compris le double tarif des périodes de hautes eaux. Outre cela, il percevait encore un supplément d'un liard sur  la «mande» de houille que le maître ouvrier de la houillère passait  avec lui. Non content de ces exigences, Collardin refusait de passer  les ouvriers isolés, attendant une charge complète avant de quitter  la rive; il menaçait de ne plus passer, le soir venu, alors que le travail  retenait les houilleurs jusqu'à 22 ou 23 heures (source J. RENARD, VIE ET MORT  D'UNE INDUSTRIE MULTISÉCULAIRE  LA HOUILLERIE A WANDRE  DEUXIÈME PARTIE CHAPITRE I (1793-1820)

Souverain Wandre

Et puis, n’oublions pas que Wandre a fait partie entre 900 et 1740 de la seigneurie de Herstal et du duché de Brabant, duché qui dépendait à son tour des Orange-Nassau, et par ricochet du roi de Prusse. C’est ce dernier qui a monnayé chèrement ses droits sur Wandre etHerstal auprès du prince-évêque de Liège.Ca a pris du temps (et des conflits !).
Frédéric II de Prusse
En 1546 déjà, Érard de La Marck avait essayé d’obtenir la seigneurie de Herstal. Guillaume Ier d'Orange-Nassau, dit le Taciturne, avait bloqué l’opération. En 1549, le prince-évêque avait cru obtenir la souveraineté sur la rive gauche (Herstal), la rive droite (l'actuel Wandre) restant sous la souveraineté de l’Empereur. D’où Souverain-Wandre. Le Taciturne avait refusé d’honorer ce compromis. Ce n’est donc qu’en 1740 que le prince évêque de Liège Georges-Louis de Berghes rachète au prix fort cette seigneurie à Frédéric II de Prusse.
Mais pas besoin de remonter à Fréderic Le Grand pour prouver les liens entre Herstal et Wandre. Quand en  2007 on fait le bilan de la fusion des communes, 30 ans après, Claude Emonts qui n'était alors qu'un « militant d'extrême gauche » parle de « divisions sociologiques bizarres, voire d'aberrations totales. Ainsi, on est en doit de se demander pourquoi Wandre s'est retrouvé avec Liège. Wandre aurait sans doute été plus à sa place avec Herstal ».

Urbex (urban exploration- au Wérihet

La première partie de notre balade est très urbex (de l'anglais urban exploration : une activité consistant à visiter des lieux construits par l'homme, abandonnés ou non, en général interdits, ou tout du moins cachés ou difficiles d'accès).
Je n’ai pas réussi à reconstituer complètement l’historique de l’occupation de ce site dont la lisibilité est d’autant plus difficile qu’une bretelle d’autoroute a coupé le Wérihet en deux. Dans les années 60-70 on y a exploité une gravière, repli après par une décharge. A mon avis cette gravière pourrait remonter à 1880 et la construction des forts de Liège. En arrière il y avait un abattoir Petitjean Frères fermé en 2002 et démoli en 2012.
En  1956, la Ville de Liège adopte un Plan Particulier d’Aménagement – le P.P.A. n°2 de Wandre- qui définit une affectation générale principalement orientée vers l’activité économique. 70 ans plus tard, c’est vert, c’est beau. C’est vert parce que dans le modèle économique de la Société Provinciale d’Industrialisation il est beaucoup plus intéressant d’exproprier des terres agricoles que d’assainir une friche industrielle. Le vert que l’on retrouve au Wérihet est donc perdu dans nos campagnes…
Il faut dire que la ville de Liège a tout fait pour allourdir la facture de l’assainissement. Wandre fait partie des zones qui ont besoin de ce système de relevage des eaux (démergement). Une de ces stations de pompage est située rue Bastin. Cette station et le réseau d’évacuation de Wandre n’ont pas été dimensionnés pour reprendre les eaux du site dit du Wérihet. En 1950, la Ville de Liège et l’AIDE se sont donc mis d’accord pour que l’urbanisation de cette importante zone vierge soit conditionnée à la réalisation préalable d’un remblai permettant aux eaux de pluie de s’écouler de façon gravitaire (selon une pente naturelle) vers la Meuse. L’objectif est d’éviter de nouvelles installations de démergement, couteuses et particulièrement contradictoires à un développement durable et responsable, sur les zones où elles ne sont pas strictement nécessaires. Ont-ils pensé que rehausser les terres de 6 mètres coûtera peut-être écologiquement plus que de faire tourner des pompes de démergement.
Septante ans plus tard, on prévoit toujours de rehausser ce terrain de six mètres. Tout compte fait, comme on a fait à Chertal. Les habitants des rues environnantes auront donc au fond de leurs jardins un merlon de six mètres.
Le gros des terrains appartiennent à la SPI qui a organisé en 2014 une (première) rencontre avec riverains.
Ensuite on a voulu faire du site du Wérihet un parking provisoire pour l’exposition internationale de 2017.
Voici la situation en 2016. On comprend qu’avec ce remblai de 6 mètres les prévisions pour le début des travaux équipement sont en 2024 !

La darse, ex-chantier naval du Lloyd Mosan

Nous débouchons de notre Urbex Rue du Coplay, pour replonger dans une sorte de jardinage de reconquête juste avant que la Rue Bastin ne passe sous l’autoroute. Nous débouchons via un passage en dessous de l’autoroute dans la Rue du Curé. Entre le chemin de fer et la Meuse s’implanta en septembre 1920, le chantier naval du Lloyd Mosan. 1920, c’était avant l’autoroute et le canal Albert. Le premier directeur, M. Noblesse-Buschgens, construisit une superbe maison en style éclectique sur la place communale (future maison communale).
Entre 1920 et 1922 le chantier construisit un canal, relié à la Meuse. Avec les matières extraites on remblaya le futur site de la cité et on fabriqua les briques des maisons. Peu après 1930, le Chantier fut repris par la S.A. des Bateaux Belges qui exploitait les bateaux-mouches.
Puis vient le chantier du canal Albert. Je ne sais pas si le charbonnage du Hasard commence à se servir de cette darse après le creusement du canal, ou déjà avant. Des wagons venus de la gare du charbonnage on chargeait l’anthracite dans les soutes des péniches. Un endroit du canal était plus large pour les manoeuvres des péniches qui devaient repartir vers la Meuse. Cette darse plutôt que canal est maintenant un paradis pour les passionnés de pêche.
Nous contournons la darse pour remonter dans la cité par la rue des Houyeux.

La Cité-jardin de Cheratte

Pour s’assurer une bonne qualité de sa main d’œuvre, la Société du Hasard fit construire, entre le chemin de fer et le canal,  une cité sociale inspirée par les cités jardins.
A l’époque, un livre de R. Unwin, ‘Town Planning in practice’ sert de base à un congrès de l’International Federation pour Town and Country planning and Garden Cities, à Amsterdam, en 1924.  La Cité des fleurs ressemble donc plus aux cités minières anglaises plutôt qu’aux corons du Nord. Une sorte de cité radieuse où même la route était « fleurie » et qui comprenait en 1926 200 maisons familiales et un hôtel de 128 chambres individuelles pour les célibataires.
La cité du charbonnage était gérée par le charbonnage du Hasard : les magasins appartenaient à la Cité, le loyer était décompté du salaire ou faisait partie du contrat de travail. Des obligations étaient demandées aux habitants : une bonne gestion de la maison et des jardins à fleurs sur la façade et à légumes à l’arrière. Ou sinon, des amendes étaient retirées du salaire hebdomadaire de l’ouvrier.
Mon ami Walthère Franssen a reconstitué l’historique de cette cité. Un rapport mentionne que “les maisons de la cité-jardin de Cheratte ont été construites par l’entreprise Hallet après le 01/01/1923 ». En 1925 le Hasard exprime l’intention d’établir à Cheratte “une colonie d’ouvriers polonais de même type que celle qui s’établissait à Hautrage dans le bassin de Mons “.  Au 30/09/1925, 20 maisons de Cheratte sont occupées par des ménages polonais. En 1937 il y a dans la “cité-jardin“ de Cheratte une école polonaise.
La cité n’était pas un milieu fermé en ce sens que les habitants pouvaient librement sortir, mais c’était un milieu “privé“ où l’accès à toute personne étrangère au charbonnage était si pas interdit, au moins soumis à autorisation et de toute façon contrôlé par des gardes.  Aux entrées de la cité était placées des plaques “Propriété privée accès Interdit à toute personne non autorisée. Propriété du charbonnage. Arrêté royal de 1928 et 1933“.  En 1945 les gardes reçoivent de Micheroux des “Instructions sévères“ quant au respect de cette interdiction et à la surveillance des entrées dans la cité. En 1956 les plaques d’interdiction placée aux entrées de la cité  sont rédigées en français, en flamand et en italien.
La direction de Micheroux accordait l’autorisation écrite d’accès à la cité aux nombreux vendeurs ambulants de l’époque, mais refusait l’accès à ceux qui vendaient à crédit (ainsi pour ce motif l’accès a été refusé au représentant des machines à coudre Singer en 1962).  Ceux qui pénétraient dans la cité, sans autorisation écrite accordée préalablement, étaient refoulés, ainsi fut fait à une voiture radio qui en février 1955 annonçait le festival de la chanson Italienne à La Ruche de Herstal.
Était aussi chassé et interdit d’accès les démarcheurs-recruteurs d’autres charbonnages. En 1930, un recruteur pour un charbonnage limbourgeois ayant été aperçu dans la cité les gardes reçurent l’ordre "à faire sortir de la cité immédiatement et lui interdire l’accès".
Pendant la guerre d’Espagne les gardes avaient ordre de surveiller les ouvriers étrangers susceptibles de s’enrôler dans les Brigades internationales. Ils n’hésitaient pas, lorsque ces ouvriers étaient au travail, à fouiller leurs affaires personnelles pour lire le courrier qu’il recevait de l’étranger.
 Les gardes du charbonnage veillaient au bon ordre de la cité.  Les chiens devaient y être tenu en laisse, la vitesse des véhicules y était limitée et l’affichage interdit (les gardes avaient ordre d’enlever les affiches). Si nécessaire ils grondaient les enfants de la cité lorsque ceux-ci ne respectaient pas les règlements où faisaient des gamineries et si nécessaire les gardes après avoir fait rapport à la Direction du charbonnage intervenaient auprès des parents. 
Les gardes étaient respectés et crains par les habitants, mais ce n’était pas toujours le cas.  Un rapport à Micheroux mentionne que les gardes avaient pris un garçon de la cité qui, malgré l’interdiction, était en train de pêcher dans la darse.  Lorsque les gardes demandèrent au garçon son nom, celui-ci répondit en wallon qu’il s’appelait “Nicolas gayoul qui n’a nol botroul “ (l’expression wallonne est intraductible : gayoul = cage / qui n’a nol botroul = qui n’a pas de nombril-  mais qui signifie ici que le garçon se moquait des gardes).
Une autre fois alors que les gardes faisaient une observation à un habitant celui-ci répondit “le charbonnage au lieu de m’envoyer un garde pour chercher querelle ferait mieux de m’envoyer un ouvrier pour réparer le WC de maison

Concernant les logements communautaires de la cité, les documents parlent de dortoirs, de phalanstères et de l’hôtellerie du charbonnage sans que je puisse distinguer la différence entre ces appellations. A l’hôtellerie (capacité de logement après les agrandissements de 1956: 84 ouvriers “célibataires“) l’accès aux dortoirs étaient interdit à toute personne non inscrite comme logeur.  Les gardes en 1950 firent un rapport à la gendarmerie contre la présence non déclarée dans les dortoirs du beau-frère d’un ouvrier.  Assez régulièrement les gardes intervenaient contre les logeurs qui jouaient aux cartes contre de l’argent et si nécessaire faisait intervenir la gendarmerie pour verbaliser les joueurs et saisir les mises.
En 1967, donc avant la fermeture du charbonnage en 1977, un délégué du Conseil d’entreprise se plaint de l’état d’abandon de la Cité de Cheratte et la même année les habitants protestent contre l’état de malpropreté et de non entretien des rues de la cité.
Lors de la fermeture en 1977, la régionale visétoise d’habitations sociales de Visé reprit la gestion, restaura quelques maisons et reconstruisit d’autres.
Je ne sais pas s’il a encore des sorbiers dans la cité, en septembre 1938 un habitant avait eu l’autorisation d’en cueillir les fruits qu’il utilisait comme appât pour la tenderie.

Rue Cesaro (anciennement rue du Curé) : hommage à un cancre

Pourquoi on a rebaptisé le rue du Curé en rue Césaro ? Ca vaudrait la peine de rechercher les débats sur le changement de nom de cette rue. Ce Cesaro était un cancre; c’est probablement la seule rue dans le royaume affecté à un élève irrégulier. En 1866, il entre à l’Ecole des Mines de l’Université de Liège. Il délaisse les cours qui ne l’intéressent pas, abandonne ses études au cours de la dernière année. 
L’explication est peut-être sa découverte, en 1883, à Richelle, d’un minéral (phosphate) auquel il donne le nom de Richellite  de teinte jaune-brunâtre soluble dans les acides.  En 1884, il décrit un phosphate, trouvé encore à Richelle, la Koninckite. Je n’ai pas trouvé trace d’une utilisation économique de ce minerai.

Un Château prestigieux rongé par la mérule

Le château de Cheratte était l’origine la propriété de Gilles de Sarolea, le maître de fosses qui racheta en 1643 la Seigneurie de Cheratte au roi d’ Espagne. La majestueuse entrée est toujours surmontée du monogramme de Gilles de Sarolea. Le parc allait du cimetière actuel à la Meuse. Il y avait d’est en ouest la chapelle castrale, la basse-cour, le château, une ferme et sur l’autre rive, les écuries. Le pavillon à droite du château a été rajouté lors  du rachat de la propriété par le Charbonnage du Hasard en 1913.
Au début des années 80, le charbonnage cherattois ainsi que le château du XVIIe siècle ont été acquis pour la modique somme de 175.000 euros par un ‘entrepreneur’ limbourgeois, Armand Lowie. C’est +- la somme (126.000 €) demandée en 2017 pour un château rongé par le mérule.
Il a fallu attendre le dècès du proprio  Armand Lowie en 2012, pour que ses enfants décident à mettre la propriété en vente publique. Les premières offres ont été jugées trop basses par les enfants. Une  faculté de surenchère avec une offre à 126.200 euros est organisée le 30 janvier 2017. Le matin même la vente  a été annulée! Le Directeur Général de la Ville de Visé explique : "Un notaire nous a demandé des informations complémentaires, notamment si la Ville avait un droit de préemption. C'est de cette manière que nous avons appris la suppression de la vente public car les propriétaires avaient trouvé eux-même un acquéreur privé qui était d'accord pour investir la somme demandée".  Ni le prix de vente ni le nom de l'acquéreur n'ont été divulgués…
Jusqu'en 2014 la ville de Visé a rêvé pendant trente ans de faire rénover le château. En 2014 elle lancé un "Community Land Trust". Il y avait un million d'euros d'argent régional à aller chercher. L'intérieur de ce château du dix-septième siècle en briques et pierre de taille a été complètement cannibalisé. Mais le bâtiment est classé.

4 septembre 1944 : un jeune contrebandier abattu sur le bord de la route

Avant 1920 le Chemin de la Drève, qui deviendra la Rue de Visé , puis la Rue M. Steenebruggen , était bordé de hauts arbres , et avait reçu la dénomination de « Grande Allée». Le long de la route une pierre commémorative. STEENEBRUGGEN Mathieu est un jeune cherattois de 16 ans, arrêté et fusillé en représailles à Cheratte. Le 3 septembre 1944, une colonne allemande arrive à Cheratte,  des groupes de résistants s'activent dans toute la région, bloquant notamment on convoi routier allemand rue Bois-la-Dame à Wandre, et la ligne de chemin de fer à Cheratte. Le 4 septembre un jeune contrebandier, Mathieu Steenebrugen, sort du bois Saint-Etienne, et est abattu sur le bord de la route où se trouve le monument.
Le lendemain, des soldats allemands interpellent un groupe de cherattois. Le jeune Joseph Lhoest cherche à s'enfuir, mais il est rattrapé en bordure du chemin de fer par les allemands. Malheureusement pour lui, la fouille de ses poches révèle des munitions. Les gens du coin avaient récupéré des munitions que les Allemands en retraite avaient jeté dans le canal quelques jours avant. Au dessus de nous, à la place de Rabosée, un monument rappelle le sacrifice de quatorze résistants de l' armée de la libération fusillés par les Allemands.
A droite, les Clusins. Vers 1925, la famille Dormal rachète les terrains pour y édifier les Aciéries de la Meuse.  Le site appartient aujourd’hui, au groupe Magotteaux.

La Rue Elmer « voye de deseverance des seigneuries de Herstal et Cheratte »

Entre la ruelle Bastin et la ruelle du Grand Cortil, le Clusin. L’historiographe de Cheratte M. Debouxhtay situe cette ruelle dans la prolongation de l’actuelle rue D’Elmer. La ruelle aurait disparue lors de la construction du chemin de fer. Dans des actes des années 1536, 1545, en 1556   et 1608 elle est nommée « voye des deux seigneurs »  ou « voye de déséverance des seigneuries de Herstal et Cheratte». Les richesses en houilles qu’elles recelaient expliquent les nombreux litiges entre les Herstalliens et les Cherattois, chacun prétendant repousser la limite des terres qu’ils contrôlaient.
André de Clusin  était vers 1600 un maître d’une fosse avec une «araine  bordée d’une rotte de saules».  On retrouve cette areine encore sur la carte de Ferraris. Un texte de 1690 situe un «bure»
dans la «Vigne du Clusin». En 1700 , Joannes de Sarolea , écuyer et seigneur de Cheratte, reçoit l’autorisation de travailler, par son bure, sous des terres de Wandre. Sarolea déversait ses déchets de houilles et détritus au Clusin, depuis son bure situé au pied de la colline du Bois St Etienne. En 1704 le receveur de Herstal dit que la houillère du seigneur de Cheratte étant «périe», il n’a plus perçu le paiement du 25e panier des houilles extraites, selon l’accord intervenu à La Haye en 1682.  (A.E.L. H. reg.250 f° 81 v°).

Le Hasard, les enfants et les fils du Hasard

CHERATTE...Une histoire écrite au charbon.Le Théâtre de la Renaissance de Seraing crée en 1996 le spectacle ‘Hasard, Espérance et Bonne Fortune’.
Vingt ans plus tard, alors que l'on commémore le 70e anniversaire des "accords charbon", "En Cie du Sud" crée: "Les Fils de Hasard, Espérance et Bonne Fortune". Le spectacle sera encore repris à Liège du 7 au 25 novembre 2017 au Manège Fonck.
Bande d’annonce https://www.facebook.com/lesfilsdehasard/videos/1828586244095030/
La metteuse en scène Martine De Michele prend comme pièce centrale et combien symbolique de la scénographie un rail de chemin de fer. Ce rail par lequel sont arrivés par milliers ces italiens. Ce rail sur lequel les wagonnets circulaient tout au fond la mine.

Les expos

Il y a aussi les expos. En 1997, l'asbl "Les Compagnons de la Belle Fleur" et la Société Royale Archéo-Historique de Visé présentaient à Cheratte une grande exposition - 1700 visiteurs payants + 500 élèves de diverses écoles de la région - à l'occasion du XXème anniversaire de la fermeture du charbonnage du Hasard http://www.museedevise.be/c/
Aux journées du Patrimoine en 2004 une exposition en plein air montre notamment ces cartes de salaires avec un morceau de charbon, pendant sur le mur près de la passerelle.
Jacques Chevalier a vécu à Cheratte de 1994 à 2012. Il témoigne : « En 1997, alors membre du Comité des Fêtes ‘Les Compagnons de la Belle Fleur’ je participe au 20ième anniversaire de la fermeture du Hasard, je m'y investis avec divers amis comme Marcel Levaux, dernier Bourgmestre de Cheratte, avec quelques anciens travailleurs du site et surtout mes amis de Musée et de la Société Royale Archéo-Historique de Visé. Une exposition est organisée dans le local des Compagnons de la Belle Fleur au 123 de la rue de Visé".
Jacques a aussi  lancé le projet d'un musée dans le charbonnage, sur deux niveaux : là où se trouvaient quelques services administratifs, à la droite de la tour dite "médiévale. Il a même créé un Fonds visant à la création de ce musée dédié à Marcel Levaux qui nous a quitté voici quelques années mais qui s'est battu, souvent trop seul, pour la conservation du Hasard. Depuis mai 2012 Jacques verse chaque mois par ordre permanent 12,50 euros sur un compte, histoire d'amorcer ce fonds. Le jour où on réalisera ce musée il y aura déjà des sous pour commencer! Il proposait dans une lettre aux gens faire un ordre permanent, au compte de la SRAHV - Musée de Visé : IBAN BE77 3400 2758 7242 avec comme communication : "Fonds Musée Cheratte".
Il a fait visiter aussi ‘clandestinement’ le charbonnage à plusieurs centaines de personnes, dont moi. Le site de Jacques sur Cheratte: http://cheratte.xooit.be
Il y a encore une expo à Cheratte hauteurs en 2006...

Les photographes

En janvier 2005  cercle de photographes "Priorité à l'Ouverture", du Théâtre de Moderne, de l'ACPR et du Cripel monte une superbe exposition des photographies de Francis Cornerotte, dans le cadre du 40ème anniversaire de l'immigration marocaine et turque.
Quarante ans après la fermeture des puits, le photographe belgo-mauricien Axel Ruhomaully se perd près de Cheratte. Il a eu envie d’en saisir l’âme pour en faire un livre et une exposition de mémoire. « D’habitude, je photographie des palaces dans l’océan Indien. L’émotion dégagée par Cheratte est forte ! J’y suis retourné pour photographier les lieux avec 50 kilos de matériel pendant trois semaines. Je faisais un travail sur la lumière, quand je suis tombé sur les casiers des anciens mineurs. Là, je me suis rendu compte qu’il me manquait la dimension humaine et avec mon ami Franck Depaifve, on s’est mis à la recherche d’anciens mineurs. »  Brigitte, l’institutrice de l’école de Cheratte-Bas, et de la surveillante de la cour de récréation, Luciana ont réuni les grands-pères des enfants à l’école, qui vivent encore pour la plupart dans la Cité des Fleurs. Le taux d’échec des élèves de l’école de Cheratte-Bas a chuté de manière spectaculaire avec leur implication dans ce projet. Comprendre d’où l’on vient peut avoir un réel impact social (Le Soir 22 déc. 2015).
Les deux photographes embarquent dans l’aventure Roméo Balancourt, un photographe des célèbres studios Harcourt spécialisé dans les portraits. Il a notamment cliché Emir Kusturica, Claude Chabrol… Les mineurs se sont tous mis à raconter des anecdotes qu’ils n’avaient jusque-là jamais évoquées devant personne, pas même devant leur propre famille, parce qu’ils ne
Axel et Franck ont encore enregistré un clip musical en hommage aux mineurs, inspiré par le tube «Working in the Coal Mine » de Lee Dorsey. Le projet a été invité par l’UNESCO pour son Congrès Mondial du Patrimoine et s'inscrit dans le cadre de "2015, Année du Patrimoine Européen".
Le Google Cultural Institute à soutenu la publication du livre ‘Ceci n’est pas quedu patrimoine.
Si vous regardez http://www.meta-morphosis.org/contact-equipe/ je suis repris dans les anges gardiens du projet. J'ai mérité ce titre en en néerlandais le texte de leur livre.
Ensuite, Geoffrey Goblet et  la Centrale Générale ont sponsorisé une exposition basée sur leurs  photos. Ils l’ont fait curculer dans les Maisons du Peuple. dont 'Aux Loisirs' à Herstal.

Les explorateurs urbains

Francis Cornerotte et Metamorphosis ne sont pas les seuls à avoir photographié ce site. Mais eux ils étaient autorisés à le faire et Metamorphosis a même eu l’aide des pompiers. Les autres sont des explorateurs urbains : des gens qui visitent des lieux abandonnés ou difficiles d'accès. Ou en english Urban Exploration. L'appellation Urbex ou Urbexer est du début des années 2010. Des gens qui visitent des  forbidden places.

En 2017, le film « Enfants du Hasard »

Ce film documentaire de Thierry Michel etPascal Colson se plonge dans le quotidien des élèves d’une école de Cheratte, face à l’ancien charbonnage du Hasard. Les cinéastes y ont posé leur caméra, durant une année scolaire. «Au départ, j’avais envie de traiter la question minière dans l’axe nord de Liège, donc du côté de Cheratte, avant d’aborder la question sidérurgique, dans l’axe sud. Puis j’ai entendu parler de cette institutrice, Brigitte…»
Ce qui m’a frappé chez Thierry Michel et Metamorphosis, c’est qu’il ne réfèrent en rien à toutes ces initiatives et approches qui ont précédées. Pour moi, ‘revisiter’ une œuvre n’est pas copier ; c’est entrer en dialogue avec les artistes qui t’ont précédé. Je n’ai aucune explication pour cela, et pour ce qui concerne Thierry Michel ça me semble même atypique.

Le projet «Hasard Center»

L'atelier U25 "Architecture, Art et Paysage" de l'ISACF de La Cambre s'est penche sur le Hasard. Un blog nous livre « un fragment alternatif sur la friche, les friches, vos friches, nos friches, leur friches... Frichement votre.  Le projet ‘Hasard Center’  se pose comme une alternative à une reconversion lambda, spéculative et consommatrice du patrimoine. Il remet en cause le modèle des ‘ friches culturelles’Une nouvelle vision de l’avenir du Hasard qui explore une programmation mixte, mêlant des usages quotidiens, ponctuels, récurrents, évènementiels permettant non seulement de faire revivre, mais de vivre cette ruine industrielle ».
Hasard Center est un pied de nez aux projets de réaffectation par des bureaux d'études parfois flous comme le hollandais Flow sur des ébauches aussi improbables que coûteuses pour la collectivité. Flow a quitté Cheratte avec la verrière de la Lampisterie, un véritable vol!  C’est eux qui ont proposé la démolition les parties non classées du charbonnage comme la "Tour en Béton", la plus récente. Notons que Jacques Chevalier aussi avait élaboré – gratos - un projet de réaffectation du site de la Paire au Bois avec un arrêt de train face au charbonnage.

Sources

J. Renard «Vie et mort d’une industrie multiséculaire : la houillerie à Wandre» paru au Bulletin de l’Institut archéologique liégeois Tomes LXXXI et LXXXIII en 1968 et 1971
Pour la documentation sur la cité de Cheratte, si tu aurais le temps, le mieux est de consulter les archives du Hasard-Cheratte au CLADIC à Blegny-mine.  Ces archives ont fait l’objet d’un classement thématique, la référence des documents relatifs à la cité est donnée sous le titre : “Personnel > Logement“. Ainsi tu trouveras notamment (réf  WF HC 024/01) un classeur avec 403 autorisations de vendre et de circuler dans la cité de 1925 à 1961.
L’originalité et la richesse des archives du siège de Cheratte du Hasard est le fait que, dans cette société fortement hiérarchisée et paternaliste, tout ce qui se passait à Cheratte était rapporté, par écrit, au siège social de Micheroux et tout était soumis à autorisation écrite du siège social.
http://cheratte.xooit.be/index.php  site-forum sur Cheratte
urbex Voir http://www.forbidden-places.net/exploration-urbaine-charbonnages-du-hasard-de-cheratte#1

http://tchorski.morkitu.org/5/cheratte-01.htm
Ici des photos historiques http://cheratte.net/joomla1.5/index.php?option=com_phocagallery&view=category&id=30:le-charbonnage-du-hasard&Itemid=42

mardi 9 mai 2017

Trilogiport : un mauvais départ ?



En 2014, Damien Robert se prononce pour le développement du Trilogiport, potentiellement créateur d’emploi et solution intelligente pour désengorger les routes des camions et de diminuer la pollution. Il défend l’option que ce Trilogiport se développe dans un cadre public, et dénonce ce choix le financement du Trilogiport par des fonds privés. Trois ans plus tard, avant même que le premier emploi y a vu le jour, on peut voir les effets catastrophiques de ce mauvais choix. Une bonne partie du Trilogiport est dans les mains de Jost, soupçonné de dumping social, d’organisation criminelle, d’association de malfaiteurs, de blanchiment, de faux en écriture et usage de faux et de traite des êtres humains. De nombreux sièges du groupe ont fait l’objet d’une descente. En Belgique, mais aussi en Roumanie et en Slovaquie, où Jost a des filiales. Ces descentes sont la suite de ce qu’une source qualifie de «  travail de plusieurs années». Il ferait rouler des chauffeurs bénéficiant d’une sécurité sociale bien moins coûteuse, celle de leur pays d’origine, alors qu’ils circulent sans arrêt dans notre pays. Ce faisant, ils bafoueraient le droit européen. «On parle d’une fraude de centaines de milliers d’euros, voire de millions d’euros», explique une source.
Attention, cela fait des décennies que certains se remplissent les poches avec ce site. Cela commence en 1960, avec Intercom devenue Electrabel puis Suez…

Electrabel se remplit les poches…

Cela fait belle lurette que site d' Hermalle-sous-Argenteau est repris comme zone d’activité économique. Je suppose que ça date des premiers plans de secteur adoptés entre 1977 et 1987.
Déjà avant, dans les années 1960, Intercom (Electrabel) achète progressivement 30 ha pour y développer une centrale nucléaire. Ce projet fut abandonné. Suite à cela, la SPI+, propriétaire d'une partie du site, exproprie 86ha de terrains en vue de les revendre dans les années 1970 à Cockerill Sambre pour y développer la construction des hauts fourneaux prévus en amont de Chertal.
En 1986, Cockerill Sambre revend ses terrains à Electrabel qui envisage de construire une centrale thermique au charbon. Ce projet fut également abandonné.
Au départ, Liège Trilogiport est un projet du Port autonome de Liège (PAL) soutenu par les communes de Visé, Herstal et Oupeye ainsi que par l’ensemble des acteurs économiques liégeois. En 1999, la Région (via le MET : Ministère wallon de l’Equipement et des Transports) acquiert les terrains et y réalise des infrastructures.  Le PAL est chargé de chercher des concessionnaires et assure l'entretien et la police du site.
Le Conseil d'administration du Pal comporte onze membres dont les mandats sont d'une durée de six ans renouvelables par moitié tous les trois ans. Président Willy DEMEYER ; Vice-Président Marc GILLIQUET ;Administrateur délégué Michel FIRKET    
Administrateurs
Mehmet AYDOGDU Conseiller communal Liège
Arnaud DEWEZ        Bourgmestre de Dalhem
Serge FILLOT           Bourgmestre f.f.  d'Oupeye
Louis MARAITE       Conseiller communal Liège
Jean-Claude PHLYPO         
Sarah SCHLITZ Conseillère communale Liège
Sophie THEMONT    Première Echevine déléguée aux fonctions de Bourgmestre de Flémalle
Mélissa TREVISAN Conseillère communale de Seraing
Corinne WEGIMONT  Conseillère communale Liège
Commissaires
Ernur COLAK Commissaire du Gouvernement wallon
Jérôme DELANAYE            Commissaire du Gouvernement wallon
Philippe ROUSSELLE Secrétaire communal de la Ville de Liège

Les opposants

En 2006 la MET (sous la houlette de Michel Daerden) introduit un permis d’urbanisme 
Marcel Moulin, le président du comité de village, introduit cinquante pages de griefs. Le principal problème soulevé est l'accès à la plate-forme: les plans actuels ne prévoient qu'une seule sortie par la rue d'Argenteau, un «chemin de village».
En décembre 2006, c’est au tour d’un autre acteur, Electrabel, d’introduire une demande en suspension et en annulation du permis. En août 2007, le Conseil d’État suspend l’exécution du permis. Motif principal, suivi par le conseil d’État malgré l’avis contraire de l’auditeur: en tant que plateforme ferroviaire et intermodale de plus de 2 hectares, le projet aurait dû être soumis à une étude d’incidences sur l’environnement (EIE).
Le MET et la Région wallonne répondent que la demande n’envisageait pas le raccordement au réseau ferroviaire : il faut pour cela passer par les terrains privés du site ArcelorMittal. Tangui Vandenput, avocat d’Electrabel, réplique: « le Conseil d’État constate que dans tous les documents présentant le Trilogiport, on parle de sa trimodalité, et du rail en particulier. Ça ressemble donc à un saucissonnage volontaire du projet pour faire l’économie de l’étude d’incidences. »
Un autre jugement avait déjà déclaré illégale l’expropriation d’Electrabel de ses 67 ha de terrains (sur les 110 du projet). « Tout ce que nous voulons, c’est obtenir pour nos terrains une indemnité conforme à leur valeur, rappelle le porte-parole d’Electrabel. Si c’est le cas, les actions en justice seront abandonnées. » (source Le Soir, 11 septembre 2007)
Voilà qui explique les vrais raisons de la procédure : faire monter les enchères. Avec Electrabel voici déjà un premier qui se remplit les poches….

Les «Rouges» et des « Bleus » déposent une requête d’intervention au Conseil d’État

Le Comité de village d’Hermalle-sous-Argenteau et les Sociétés Royales folkloriques des «Rouges» et des « Bleus » s’invitent dans la requête en annulation déposée par Electrabel et déposent une requête d’intervention au Conseil d’État (source : Le Soir, 19 octobre 2007). Ce ‘découpage’ de Trilogiport est effectivement une tricherie permettant d’éviter une étude d’incidence. Nous avons vu comment cette étude d’incidence a permis une large mobilisation des riverains contre l’extension des Hauts Sarts (zone 4 : 3000 réclamants).
Ce recours énerve Etienne Baugnée, Président du Mupol (Manutentionnaires et utilisateurs du port de Liège): « Liège est le seul port qui ne parvient pas à développer le trafic de conteneurs, la seule composante qui croît de manière significative ailleurs en Europe. A Liège, le trafic conteneurs stagne autour des 15.000 TEU (Twenty-foot equivalent unit, ou EVP, Equivalent Vingt Pieds, unité correspondant à un conteneur de 20 pieds) par an. A Born, à 40 kilomètres à peine, a manutentionné 110.000 TEU en 2007 et portera sa capacité à 200.000 TEU en 2008. Venlo, Genk, Meerhout, tout près de chez nous, accueillent toujours plus de conteneurs » (Le Soir, 20 décembre 2007).
Pourtant, l’intervention des riverains bleus et rouges est fondée : on a construit aujourd’hui un nouveau pont dédicacé au Trilogiport.
Et l’analyse de Baugnée comme quoi le trafic de conteneurs stagne est exagérée. Le trafic de conteneurs par voie d’eau monte régulièrement: en 2008,  est à 19 651 EVP sur Renory (2,5 ha) et les 0.5 ha au Port de Monsin. Renory passe de 28 092 EVP  en 2014 à 38 865 EVP en 2015. Le Port autonome de Liège annonce un excellent premier semestre 2016, avec 30.000 EVP manutentionnés au cours de ces six premiers mois par l’ensemble des terminaux à conteneurs liégeois (soit une croissance de 48%).
Mais son intervention montre la concurrence féroce de Born, Venlo, Genk et Meerhout. On verra plus loin qu’on y retrouve les mêmes concessionnaires. Le mécréant que je suis se demande s’il n’y a pas un danger que ces opérateurs prennent une participation dans Trilogiport pour paralyser le projet…
Je n’ai pas (encore) trouvé la suite ou la fin de la procédure d’Electrabel.

Fin des recours du comité de riverains des Bassi-Mosans

En janvier 2015 un seul recours est encore pendant devant le conseil d’État. Celui du le comité de riverains des Bassi-Mosans. «Le premier auditeur du conseil d’État recommande l’annulation du permis en se basant sur deux moyens», détaille Me Aurélie Kettels, avocate des riverains. « Dans la problématique des voiries, le ministre de l’époque, Benoît Lutgen, était juge et partie. Il avait rejeté de précédents recours au niveau des voiries alors qu’il était aussi l’autorité hiérarchique des communes qui avaient accordé le permis. La deuxième raison invoquée porte sur les particules fines. Le premier auditeur estime qu’il y a eu des lacunes au niveau de l’étude d’incidence quant à la pollution atmosphérique. L’auditeur nous recommande de poser des questions préjudicielles à la Cour de justice européenne car la Belgique n’a pas transposé une directive européenne en la matière».
Sud Presse du 9 février 2017 nous apprend que «Les Bassi-Mosans » qui  avaient multiplié les recours avaient perdu dans les trois cas en première instance: le permis autorisant les ouvertures de voiries, le permis d'urbanisme pour l'aménagement du Trilogiport et le permis octroyé pour l'exploitation du terminal conteneurs de D.P. World.
Ils ont introduit des recours au Conseil d'Etat contre  le permis autorisant les ouvertures de voiries et le permis d'urbanisme pour l'aménagement. Le recours contre le permis voirie a été rejeté. Pour le second, le recours n'étant pas suspensif, les aménagements ont pu être réalisés. Fin 2016 ce recours aussi été rejeté. « C'est le seul dossier sur lequel l'auditeur du Conseil d'Etat nous a donnés raison et malgré ça, on a perdu », explique Henri Fastré, un des membres des Bassi-Mosans. « Et il n'y aura plus d'autres recours. On nous avait promis la création de 2.000 emplois. Là, actuellement, il y a sept personnes qui travaillent pour les tongs. Et avec Jost qui a racheté la moitié du site, on devrait avoir 20 emplois supplémentaires à tout casser ».

La commercialisation de Trilogiport.

Un terminal trimodal à conteneurs (15 ha)
Une zone logistique (40 ha)
Des terrains portuaires (22 ha) qui ont un accès direct au Canal Albert
Une zone de services tertiaires (1 ha) qui regroupera des services de bureaux, de douane, …, nécessaires au développement économique de la plateforme ;
Une zone d’intégration environnementale (39 ha)
Nous ne nous attarderons pas sur la zone de services tertiaires (peu importante) et la zone d’intégration environnementale (même si le danger existe que le PAL considère des 39 ha comme une réserve pour le Trilogiport, malgré les beaux aménagements paysagers. J’y organiserai une balade santé)
Les fonds publics s'élèvent à 43,6 millionsd’euros à raison de 9% financés par le PAL, 37% par la Région Wallonne via le Plan Marshall, 54% co-financés par la Région Wallonne et l’Union Européenne, dans le cadre du programme FEDER 2007-2013.
20,5 millions sont pour la plate-forme proprement dite. Le solde est pour les infrastructures routières et au pont reliant la plate-forme au réseau autoroutier et les plantations et murs anti-bruits.
En janvier 2015 plus de la moitié des fonds publics (28 sur 47 millions d’euros) ont été engagés. À ces deniers publics s’ajouteraient des investissements privés, à hauteur de 115 millions d’euros. Je n’arrive pas à savoir à quoi ces 115 millions ont servi…

Trilogiport : très sévère sur le critère de l’emploi de qualité ?

Un Groupement d’Intérêt Economique est mis en place en collaboration avec le Port d'Anvers et la SPI+ pour la commercialisation de Trilogiport. Le GIE transmet son avis au Conseil d’administration du Port autonome de Liège à qui revient la décision finale.
Le Port Autonome PAL prétend être très sévère sur le critère de l’emploi de qualité. Logiquement on devrait retrouver ces critères dans le cahier des charges mais je crains que ce cahier n’est pas accessible au public. Et s’il y avait des critères pour l’emploi, quels sont les moyens de contrôle ?
En fait, le gros des concessions est déjà vendu. Il y a beaucoup de parallèles avec la manière dont les ports anglais ont été  privatisés.
Ces véritables monopoles de la logistique sont aidés par des Goldman Sachs et autres fonds, et travaillent par un endettement élevé qui pourrait demain être un frein aux investissements nécessaires. La tentation doit être grande d’étrangler des ports concurrents en prenant une participation de contrôle…
En janvier 2008 le PAL lance son appel à projets.
En juillet 2008 le Conseil d’administration du Port autonome de Liège procède à l’attribution des concessions du terminal à conteneurs et des terrains logistiques.
Si on peut se baser sur le site du PAL, il y aurait en tout et pour tout 3 concessionnaires:
D.L. Trilogiport Belgium SA
DP World Liège
WDP   Blakenberg
On verra que derrière ces opérateurs il y a toute une toile d’araignée.

Le terminal à conteneurs pour Dubai Ports

 La gestion du terminal à conteneurs a été attribué au consortium composé de Manuport Group (MPG) & Water Container Terminal (WCT), propriétés du groupe financier australien «Babcock & Brown ». Manuport Group est leader du marché dans l’entreposage et le traitement des marchandises pondéreuses sèches (céréales et engrais) et exploite également depuis 2005, un terminal à conteneurs à Anvers (Manuport Container Terminal).
Water Container Terminal (WCT) est la société exploitant le terminal à conteneurs trimodal de Meerhout (cité par Etienne Baugnée, Président du Mupol -Manutentionnaires et utilisateurs du port de Liège- comme un concurrent du Trilogiport. Le centre de distribution européen Nike est à Meerhout).
On retrouve très vite (en août 2008) 15 ha du terminal à conteneurs dans les mains de  Dubai Ports World.
DP World disposait depuis 2008 d'un tiers du capital du Trilogiport et reprend en août l'ensemble des parts détenues par Euroports. DP World exploite déjà depuis fin 2011 un terminal sur le Canal Albert à Grobbendonk: le Beverdonk Container Terminal. « Avec l'exploitation de deux terminaux aux deux extrémités du Canal, des synergies peuvent être réalisées en termes d'optimisation du transport par barge et de proposition de solutions appropriées aux clients. Euroports utilisera le produit de la vente de sa participation dans le Trilogiport, dont le montant n'a pas été communiqué, pour poursuivre ses investissements dans la croissance de ses activités en Belgique et en France ».

La zone logistique

Dans des halls logistiques, eux-mêmes à concéder à divers entrepreneurs, les marchandises seront stockées, traitées, reconditionnées. Très vite on retrouve une partie des terrains logistiques (30 hectares) chez Deutsche Lagerhaus Gesellschaft et le restant de la zone logistique (10 hectares) à la société Warehouses De Pauw.  Deutsche Lagerhaus Gesellshaft (DLG) fait partie d’Immofinanz, (2ème groupe au niveau européen  d’immobilier logistique).
Warehouses De Pauw (WDP) loue +/- 1.000.000 m2 d’entrepôts à ses clients dans plusieurs pays. C’est ce De Pauw qu’on retrouve sous le som WDP Blakenberg sur le site du PAL.
Très vite DLG recase ces 30 hectares dans le giron d’une filiale, D.L. Trilogiports Belgium.
D.L. Trilogiport Belgium SA est une filiale de D.L. Trilogiport Deutschland GmbH (DLT GmbH), actif dans le secteur de l’immobilier logistique. DLT GmbH est en partenariat avec Deutsche Lagerhaus GmbH qui se concentre sur les sites logistiques trimodaux ou bimodaux, alliée à CETIM SA, qui outre sa participation dans le capital, a été désignée comme Project Manager et Quantity Surveyor, et portera le développement et la commercialisation des entrepôts à Trilogiport.
Ces deux concessionnaires cherchent donc des locataires pour leurs locaux (encore à construire).

Les tongs Havaïanas.

Le 29 septembre 2016 le Port autonome de Liège accueille la première entreprise au cœur de la zone logistique : Tempo Log Belgium qui réalisera au départ de Liège l’ensemble de la logistique d’Alpargatas, un groupe brésilien qui produit les tongs Havaïanas. L’entreprise brésilienne confectionne 230 millions de paires de tongs par an dont 200 millions destinées au marché brésilien. L’entreprise connaît une croissance annuelle de 18% dans la zone Europe, Moyen-Orient et Asie.
Selon le PAL, cette installation en Wallonie est le fruit d’une collaboration fructueuse entre l’Awex – Agence wallonne à l'Exportation et aux Investissements étrangers –, Tempo Log Belgium, WDP, et le PAL. Tempo Log occupera à terme un bâtiment de 23.000 m2. Selon Willy Demeyer, Président du Conseil d’administration du Port autonome de Liège, « la logistique est identifiée comme un levier de redéploiement de la région liégeoise.  La vision stratégique du Port autonome de Liège se concrétise avec l’arrivée des premiers utilisateurs de la plate-forme multimodale Liège Trilogiport, fruit d’un partenariat public-privé où la Wallonie, la Ville de Liège et le Port autonome de Liège ont concrétisé leurs efforts pour offrir au secteur privé une concession unique et performante. Ce partenariat équilibré et cohérent développera de l’emploi et créera de la valeur ajoutée au bénéfice de tous. »
En octobre 2016 Alpargatas inaugure son entrepôt de 17.000 m 2 et prétend avoir engagé une cinquantaine de personnes. L’entreprise a déjà un site en Europe, à Fos-sur-Mer, ouvert en 2014 avec déjà l’aide de Tempo One. Alpargatas prétend atteindre 23.000 m 2 pour 2019. «Nous avons aussi choisi le Trilogiport pour sa flexibilité TVA et ses droits de douane», a insisté Hervé Pinot, directeur général d’Alpargatas en Europe de l’Ouest (Sud Presse 07 oct. 2016).

Derrière Arenc Logistique, Tempo One, Tempo Log, un seul et même homme, Joseph Arakel, avec une passion pour saint François d’Assise.

Tempo Log Belgium est donc le prestataire logistique d’Alpartagas. Les tongs sont acheminées par bateaux du Brésil via le port d’Anvers, et redistribués à travers le Benelux, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le nord de la France. Tempo Log fait miroiter une personnalisation de ces tongs., 
Au Brésil la tong reste un produit "de base", elle est devenue un véritable accessoire de mode avec d'abord la "slim", sortie en 2006, puis des produits plus sophistiqués, avec des strass, dont la "Swarovski", qui part comme des petits pains à la sortie des yachts à Saint-Tropez, pour 180 € pièces. On propose aussi de personnaliser certains modèles ou d'ajouter des étiquettes, voire des pin's, avant l'expédition. Des Havaïanas-Valentino à 600 €. Dans les années 90, la tong Havaianas était tellement considérée comme un produit de base au Brésil qu'elle faisait partie du panel dont le gouvernement avait plafonné le prix pour combattre l'inflation, au même titre que le pain ou le riz...
Sur leur shop en ligne le plus cher est à 170€. Si tout ça n’est pas du vent, ça pourrait donc apporter un certain emploi que qualité…
Roderic Van Praet, directeur des opérations pour Alpargatas Europe : « Alpargatas connaît une croissance annuelle de 10 à 15 %. Il nous fallait donc rapidement un espace assez grand, que Lille n’avait pas. Au contraire de Liège ».
Créée en mai 2016, Tempo Log est en réalité une filiale d’Arenc Logistique, un holding français qui regroupe une quinzaine de sociétés spécialisées dans le transport et la logistique. Celles-ci ont d’ailleurs été récemment regroupées sous le groupement d’intérêt économique Tempo One. Et derrière Arenc Logistique, Tempo One et maintenant Tempo Log, il y a un seul et même homme, Joseph Arakel, un chef d’entreprises marseillais qui a bâti son empire en partant de rien et qui, aujourd’hui, est également connu dans sa région pour ses actions philanthropiques et sa passion pour saint François d’Assise.

Et si Tempo Log est la première société implantée en Belgique de Joseph Arakel, il devrait en créer rapidement une seconde. D’après nos informations, la deuxième entreprise qui doit s’installer au Trilogiport aurait en effet un lien avec Tempo Log (Lm 19/7/2016).
Joseph Arakel déclare en octobre 2014: « Je suis président d'Arenc Logistique, une holding qui regroupe une quinzaine d'entreprises de transport et de logistique en France (GTRA, GTRI..). Afin d'avoir une meilleure visibilité nous avons créé il y a deux ans le groupement d'intérêt économique (GIE) Tempo One pour placer Arenc Logistique et ses filiales sous une même enseigne. Le choix d'un GIE est le moyen juridique le plus rapide pour donner à ses membres le même label, et ainsi les fédérer. Ce GIE constitue la dernière étape avant une restructuration juridique prévue qui s'attachera à créer une structure unique. Nos clients sont principalement des grands groupes européens évoluant dans divers secteurs d'activités de produits et d'équipements comme Continental, Euromaster, Pirelli ou PepsiCo... Le GIE s'appuie sur une quinzaine de plateformes, dont certaines sont mixtes, mêlant activités de transport et de distribution et prestations logistiques. Sur notre nouvelle plateforme de Fos, dédiée à un distributeur de chaussures, tout a été automatisé, les entrées des produits, les préparations de commandes et les expéditions».Un peu compliqué pour moi. Alors, je me méfie...

Un nouvel actionnaire anonyme dans le capital de D.L.T : Jost

Le bourgmestre ff d’ Oupeye Serge Fillot siège au PAL. En novembre 2016, lors d’un CA extraordinaire du PAL, il apprend qu’un nouvel actionnaire anonyme était entré dans le capital de D.L. Trilogiports Belgium.
Lors de cette même réunion, le CA validait le fait que les concessions passaient de 30 à 50 ans, les conditions économiques s’étant dégradées depuis la passation des contrats. Nous sommes dans une intercommunale, et donc personne pose des questions sur ce nouvel actionnaire anonyme, ni sur les modifications dans les termes du contrat.
Le 22 décembre, Fillot apprend dans la presse que ce nouvel actionnaire majoritaire de DTL est Jost Group. Le jour avant il y avait eu conseil d’administration du PAL : aucune information sur l’annonce fracassante du lendemain.
Deux mois plus tard, interpellé par des citoyens, et poussé probablement par les scandales Publifin, Fillot se réveille : « On se retrouve donc avec un concessionnaire qui est également l’opérateur industriel. Jost va faire les deux : construire et exploiter les bâtiments. Et hormis le fait d’avoir été mis devant le fait accompli, la manière de faire et d’apprendre ça par la presse, c’est vraiment détestable. D’autant que ça a amené pas mal d’inquiétudes quant au développement futur du Trilogiport et des emplois qui seraient effectivement créés ».
Jost Group parle de 50 à 100 emplois. Mauro Lenzini, bourgmestre empêché fait ses petits calculs: Jost n’amènera au final que 400 emplois. On est bien loin de 2.000 nouveaux emplois promis sur le Trilogiport (La Meuse - Basse Meuse, 27 février 2017).
Le 15 mars 2017, il s’est expliqué devant une commission réunissant tous les conseillers communaux (et non pas devant le conseil communal : une commission est à huis clos). Rien n’a filtré de ce huis clos.
Entre DLT et Jost un intermédiaire : JLL. Jones Lang LaSalle. JLL est le code à la bourse de New  York NYSE.)
Le 9 janvier 2017 JLL est intervenue dans la cession de la majorité des parts du site DL Trilogiport à Jost Group. Le site s'étend le long du terminal à conteneurs exploité par DP World.  JLL, mandaté par DLT mi-2015 pour la commercialisation de DL Trilogiport, a activement participé aux négociations entre DLT et Jost Group. Un client que JLL connait bien puisqu’en 2013  il conseillait le plus grand transporteur de la Wallonie pour le rachat d’un site de 8 ha à Battice (Verviers) et, à nouveau, en 2014 dans le cadre d’une acquisition de 20 ha à Ghlin (Mons). DLT étant un partenariat entre Cetim et un investisseur privé allemand.  JLL est le leader de l’immobilier  industriel et logistique en Belgique.
En mai 2017 Wust, en association avec Eloy, commence la construction d’un hall de logistique sur 43.300 m², l’équivalent de 7 terrains de foot. D’ici 2021, au gré des autres phases, qui devront encore être adjugées, 180.000 m² de halls pourraient être bâtis sur 300.000 m², soit quelque 45 terrains de foot. Le maître d’ouvrage est Jost Group, investisseur majoritaire dans DL Trilogiport, filiale de DL Trilogiport Deutschland depuis janvier 2017. En 2016, Tempo Log Belgium avait fait ériger un premier hall (La Meuse. 04 Mai 2017, Page 7).
Indépendamment du nombre et de la qualité des emplois, il serait intéressant aussi de savoir quelle est la plus-value engrangée à chacune de ces transactions…

Jost et des jobs ‘logistiques’

Des riverains des Hauts Sarts peuvent témoigner sur Jost qui s’est installé dans les locaux de l’ex Metalprofil la 4e avenue. Il y a un local avec TV, douches, machine à laver etc mais rien pour dormir. Dormir c'est dans les camions avec moteur tournant pour ne pas décharger la batterie avec le chauffage en hivers et la climatisation en été. Les autorités sont au courant depuis plus de 7 ans mais on ne fait aucun contrôle. https://www.rtbf.be/info/regions/detail_jost-group-s-installe-dans-les-anciens-batiments-de-colgate-palmolive-a-herstal?id=8878355
http://www.truck-business.com/waberers-installe-une-filiale-battice/?lang=fr  Le groupe de transport hongrois Waberer's a ouvert une filiale en Belgique et loué une partie du site de Jost Group à Battice (l’ancien site des transports Godard) afin d'y garer ses camions. “Ce site nous permet de garer entre 60 et 70 camions et nous permet de donner à nos chauffeurs internationaux qui passent par la Belgique des conditions de repos sûres et confortables. Il servira également pendant les périodes de fêtes de fin d’année, mais il ne jouera aucun rôle dans notre stratégie commerciale », selon le porte-parole de Waberer’s, qui nous précise également quelle contribution la société hongroise estime apporter au budget de l’état belge : environ 9 millions d’euros en accises sur le carburant (plus de 20 millions de litres achetés en Belgique chaque année). La Belgique est considérée par Waberer’s principalement comme un pays de transit.
L’UBT (Union Belge du Transport) qui a sorti en 2012 un dossier sur Jost Group.
En juin 2011 la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Liège-Verviers a décerné prix du public  de ses "BusinessAwards" à Jost Group.  Jost Group est présent dans onze pays européens et également en Tunisie. CA 400 millions d’euros, 2 600 unités de transport, 1100 emplois. En 2008  rachat du groupe BTK, de la société Possoz (déjà active en Tunisie) ainsi que du pôle transport du groupe Weerts. Sans compter l’ouverture d’un entrepôt à Budapest. Des achats de sociétés flamandes sont annoncés ainsi que l’implantation d’un premier site en Flandre.
Mon prochain blog sera sur Jost. Promis. Juré!

Des terrains portuaires (22 ha) 

Pour les terrains portuaires le Port de Liège lançait en 2008 un second appel à projet.
En  janvier 2015 nous apprenons que pour les terrains portuaires, l’affectation n’est pas encore déterminée mais les négociations sont en cours. « Cette zone sera réservée aux entreprises apportant de la valeur ajoutée dans le traitement des marchandises transitant par Liège ».
A une question orale de Mme Defrang-Firket à Prévot, le 18/7/2016, sur la location des halls de la zone logistique et des terrains portuaires à des entreprises,  Prévot répond : « à ce stade et pour vous répondre très concrètement, oui des contrats de concession ont donc été signés entre le port et ces intervenants mais ces intervenants ont eux-mêmes des clients à prospecter. C'est en ce sens, je crois, que vous évoquez dans votre question des contrats de location. Sachez que ces clients ne sont pas encore tous définis à ma connaissance, car les négociations sont toujours en cours. Le port, agissant en tant que structure faîtière, il n'exerce qu'en tant que superviseur de ce type de contrat de sous-concession et n'a pas de regard direct sur ceux-ci. Je peux éventuellement vous faire parvenir une plaquette du Port reprenant des synthèses à ce sujet, si vous le souhaitez. Enfin, une plateforme Trilogijobs a été mise sur pied. Elle regroupe comme partenaires l'ASBL Basse-Meuse Développement, la Commune d'Oupeye, le FOREm et le Port Autonome de Liège et a pour but de faciliter l'accès aux emplois en mettant en concordance les demandes des employeurs du site et celles des demandeurs d'emploi. Le port, la Commune d'Oupeye et l'ASBL collectent les candidatures et implémentent ainsi la plate-forme. Le FOREm, quant à lui, procède à l'analyse de ces candidatures.  Les employeurs du Trilogiport pourront bénéficier des informations issues de cette base de données ».

Chertal

« En confiant les trois quarts des surfaces logistiques au groupe Jost, reprend Mauro Lenzini, député-bourgmestre d’Oupeye, on a mis un peu tous les œufs dans le même panier. Si demain ce groupe se délocalise, ce sera le désert ». Et quelle est la piste préconisée par Lenzini pour se sortir de ce mauvais pas? Essayer de reprendre la main sur le Trilogiport ? Nenni ! « Un Trilogiport bis a l’avantage de diversifier le risque. » Le port de Liège veut s’étendre sur Chertal ! Le ministre de l’Economie wallonne, Jean-Claude Marcourt, rappelle que le site est toujours, comme les hauts fourneaux serésiens, «sous cocon» jusqu’en 2019 et qu’il est toujours la propriété d’Arcelor Mittal. « Lorsqu’il aura rempli ses obligations de dépollution, il reviendra alors à la Foncière liégeoise. » Et c’est cette Foncière liégeoise (50 % Mittal et 50 % Région wallonne) qui décidera de la future affectation du site.
Mais apparemment, Marcourt n’attendra pas 2019. Aujourd’hui, une étude a été confiée à la SPI, afin de savoir ce qu’il y avait lieu de faire des sites orphelins de la phase à chaud. «Les résultats de cette étude sont attendus pour la fin de l’année (Le Soir 7 mars 2017).
Si cette mise sous cocon a permis un espoir de relance en 2008, il me semble que actuellement cela profite surtout à Mittal, qui évite ainsi de débourser du cash pour dépolluer. Et on voit avec la sortie de Marcourt et de Fillot qu’eux aussi sont en train de placer leurs pions. Les espoirs de relance d’un outil où l’on n’a plus rien investi, indépendamment des dégradations par des voleurs de métaux, sont quasi  nuls. Il me semble que ce serait judicieux de lancer nous aussi un débat, public en l’occurrence, sur l’avenir du site.